Le chemin difficile

Jésus a expliqué qu’adopter le mode de vie qu’il enseignait n’allait pas sans obstacles. D’où son avertissement à ceux qui le suivaient : quelle que soit la difficulté de la progression, la seule possibilité consiste à terminer le voyage.

Estimez-vous que lorsqu’une tragédie frappe quelqu’un, c’est forcément parce qu’il a commis quelque péché extraordinaire ?

Jésus aborda cette question quand certains rapportèrent avoir assisté à la mort brutale de compatriotes. Ponce Pilate, le gouverneur romain de Judée, avait semble-t-il assassiné des Galiléens alors qu’ils procédaient à un sacrifice au temple. Il avait ensuite mélangé leur sang à celui de leurs offrandes, un acte extrême de profanation. Jésus demanda aux personnes présentes si, à leur avis, ces pauvres victimes avaient ainsi souffert parce qu’elles étaient coupables de péchés pires que ceux des autres.

Même si telle n’était pas son opinion – ils n’étaient pas au comble du péché – il en profita pour mettre en évidence que toute faute devait appeler le repentir. Selon lui, si nous ne nous repentons pas, si nous ne changeons pas de voie, nous périrons tous, que ce soit par la main d’un chef militaire ou autrement.

Jésus compléta sa démonstration en interrogeant sur une autre catastrophe que l’assistance connaissait bien : « […] ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles aient été plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? » (Luc 13 : 4, Nouvelle Édition de Genève 1979, tout au long de cet article). De nouveau, la réponse était négative. Pourtant, il insista sur le fait que nous allions mourir définitivement, si nous ne nous repentions pas de nos péchés.

Pour souligner que, dans certains cas, Dieu permet une période de repentir, Jésus raconta une parabole (versets 6-9) au sujet d’un figuier qui n’avait donné aucun fruit pendant trois années – allusion à la durée de son ministère jusqu’alors et jusqu’à son rejet par son propre peuple. Au bout des trois ans, le propriétaire du figuier en avait ordonné l’abattage. Or, son ouvrier agricole lui avait demandé de le garder encore un peu ; si, après avoir reçu de l’engrais, il ne donnait rien l’année suivante, il serait détruit. Il s’agit sans doute d’une référence aux fruits que l’œuvre de Jésus aura portés au sein de son peuple dans les derniers mois de sa vie. En l’occurrence, durant la quatrième année de son ministère. Le principe est certainement que, même s’il est accordé un délai pour se repentir, l’indulgence divine n’est pas infinie. Il se trouve un moment où elle doit s’arrêter.

DÉLIER L’HUMANITÉ

L’un des problèmes soulevés pendant le ministère de Jésus a été l’observance correcte du sabbat. En effet, Jésus avait montré sa disposition à faire du bien en ce jour. Il expliquait que le sabbat avait été créé pour l’homme, non l’homme pour le sabbat. Lorsqu’il guérit une femme qui était handicapée depuis 18 ans, le chef de la synagogue où il se trouvait reprocha aux gens de demander de l’aide à ce moment-là : « […] Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat » (verset 14).

Jésus réagit en montrant l’hypocrisie de ce genre de déclaration. Selon lui, ses détracteurs seraient prêts, pendant le sabbat, à détacher un bœuf ou un âne pour le mener à l’eau ; alors, pourquoi ne pas « délier » une femme de sa maladie ? Même si l’exemple était humiliant pour le chef de la synagogue, la foule fut satisfaite de cette réponse.

Jésus poursuivit son explication sur la nature du royaume de Dieu par quelques exemples. Il déclara que celui-ci était comme le grain de sénevé, l’une des plus petites semences capable de donner une plante de taille imposante. Il était aussi comme le levain qui se répand à travers une boule de pâte (versets 18-21). Autrement dit, le royaume de Dieu, qui n’a pas encore atteint sa plénitude terrestre, débutera modestement au sein de l’existence de quelques-uns et croîtra jusqu’à dominer le monde. Il se répandra à travers les continents.

Tel est l’avenir de ce monde las des combats. Un temps viendra où toute l’humanité vivra enfin dans des conditions idéales.

Tel est l’avenir de ce monde las des combats. Un temps viendra où toute l’humanité vivra enfin dans des conditions idéales. C’est là le message du royaume de Dieu apporté par Jésus-Christ. Au fil des titres des journaux quotidiens, nous pouvons constater l’état critique et désespéré des populations de notre planète. Or, nous savons que la réponse doit venir de plus loin. C’est ce qu’enseigne la Bible : Dieu interviendra pour nous sauver de nous-mêmes.

L’IDENTITÉ VÉRITABLE DE JÉSUS

Pendant l’hiver suivant, Jésus se rendit au temple à l’époque de la fête de la Dédicace, connue aujourd’hui sous le nom de fête des Lumières ou Hanoukkah. Bien que n’obéissant pas à un commandement de la Bible, cette célébration commémore la délivrance, en 164 av. J.-C., du peuple juif jusqu’alors sous le joug du conquérant sanguinaire Antiochus Épiphane, souverain de Syrie. L’Évangile de Jean offre la seule mention de cette fête dans la Bible.

Jésus marchait dans la colonnade extérieure du temple quand des habitants de Jérusalem se rassemblèrent en nombre autour de lui et l’interrogèrent sur son identité : « Jusqu’à quand tiendras-tu notre esprit en suspens ? Si tu es le Christ, dis-le-nous franchement » (Jean 10 : 24).

Jésus leur rappela qu’il leur avait déjà dit, mais qu’ils ne l’avaient pas cru ; de plus, ses œuvres prouvaient qui il était et ses disciples entendaient en lui la voix du berger. Dieu ayant donné à ces derniers la capacité de reconnaître son Fils, on ne pouvait les arracher de leur lien avec le Père. Concernant son identité, Jésus déclara en troisième lieu que lui et le Père étaient unis en un seul esprit et une seule démarche : « Moi et le Père nous sommes un » (verset 30).

Là, ses auditeurs juifs n’y tinrent plus : ils prétendirent injustement qu’il commettait un blasphème en se mettant au même niveau que Dieu le Père. C’est pourquoi ils se saisirent de pierres, prêts à le lapider.

Pour toute réponse, Jésus cita l’extrait d’un psaume où figure le mot hébreu pour « dieux », elohim: « N’est-il pas écrit dans votre loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ? » (verset 34). En hébreu, elohim peut aussi signifier « juges ». En jouant sur les mots, Jésus expliquait que, si Dieu pouvait appliquer ce nom à des hommes avec le sens de « juges », il pouvait d’autant mieux l’appliquer à son propre fils – membre de sa famille – et vouloir dire « dieu » ? Une fois encore, Jésus leur révélait qui il était réellement.

De plus, il leur déclara qu’ils ne devaient pas le croire s’il ne faisait pas les œuvres du Père. En revanche, s’ils reconnaissaient que celles-ci étaient accomplies, ils devaient les admettre en tant que preuves matérielles de ce que Dieu réalisait à travers lui.

Peu impressionné par cet argument, ils décidèrent plutôt de se saisir de lui pour l’emmener en prison. Cependant, Jésus leur échappa et poursuivit son chemin en traversant le Jourdain. Il se rendit dans une région du nom de Pérée, là où Jean le Baptiste avait procédé aux premiers baptêmes.

Les enseignements de Jean sur Jésus y avaient laissé des traces et la population de la Pérée faisait remarquer que « tout ce que Jean a dit de cet homme était vrai » (verset 41). C’est pourquoi beaucoup croyaient en Jésus.

DEUX CHEMINS DE VIE

Se déplaçant de villes en villages, Jésus prenait petit à petit le trajet de retour vers Jérusalem. En route, quelqu’un lui demanda si seulement un faible nombre de gens serait sauvé. La réponse touchait au cœur de la nature humaine et de sa problématique. Jésus conseilla alors de s’efforcer « d’entrer par la porte étroite. Car […] beaucoup chercheront à entrer, et ne le pourront pas » (Luc 13 : 24).

Au moment du jugement, il y aura ceux qui prétendront avoir œuvré au nom de Jésus, mais celui-ci refusera de les reconnaître. Ils se défendront : « Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos rues » ; ce à quoi il rétorquera : « je ne sais d’où vous êtes ; retirez-vous de moi, vous tous, ouvriers d’iniquité » (versets 26–27).

C’était un avertissement fort, destiné à tous ceux qui se prévaudraient de leur intimité avec Jésus, tant aujourd’hui que plus tard. L’important n’est pas de savoir ce qu’il dit, mais de le faire. Avoir la connaissance intellectuelle n’a guère d’effet si on ne l’applique pas.

Pour finir, Jésus utilisa une image qui avait de quoi étonner les prétentieux : « C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes, dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. Il en viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi ; et ils se mettront à table dans le royaume de Dieu. Et voici, il y en a des derniers qui seront les premiers, et des premiers qui seront les derniers. » (versets 28-30).

Ce qui importe, ce n’est pas de se réclamer de Dieu, mais d’agir réellement en passant « par la porte étroite ».

En effet, nous devons nous garder de la tentation de nous laisser aller et de supposer que nous serons du bon côté, le moment venu. Ce qui importe, ce n’est pas de se réclamer de Dieu, mais d’agir réellement en passant « par la porte étroite ».

Des pharisiens s’approchèrent alors de Jésus pour lui conseiller de quitter la Pérée : « Hérode veut te tuer ». Or, la Pérée faisait partie du territoire d’Hérode Antipas.

La réaction de Jésus au sujet de cet homme politique fut d’une force jamais dépassée dans les Évangiles : « Allez, et dites à ce renard : Voici, je chasse les démons et je fais des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour j’aurai fini. Mais il faut que je marche aujourd’hui, demain, et le jour suivant ; car il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem. » (versets 32-33).

Jésus avait conscience de la fourberie d’Hérode qui, après tout, était responsable de l’emprisonnement, puis de l’exécution de Jean le Baptiste. Il savait aussi que son propre ministère parvenait à son terme. En parlant de guérisons à pratiquer ce jour et le lendemain, pour les terminer le troisième jour, il voulait dire que, sous peu, il atteindrait son but. La tâche, si elle ne l’était pas encore, était presque accomplie. De plus, c’était à Jérusalem, non en Pérée, qu’il serait finalement renié.

Jésus conclut en exprimant sincèrement sa préoccupation à l’égard de Jérusalem et du sort de ceux qui s’y étaient rendus par le pouvoir divin : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapide ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! Voici, votre maison vous sera laissée déserte ; mais, je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (versets 34-35).

C’était là, en partie, une prophétie de la dévastation qui surviendrait sous l’autorité militaire romaine en 70 après J.-C. La destruction de la ville aura donc pour cause le refus d’admettre que Jésus était celui qui aurait pu éviter une telle catastrophe. C’était aussi, sans aucun doute, une allusion aux nombreuses années écoulées depuis lors, pendant lesquelles Jésus n’avait pas fait partie de la vie de sa communauté ethnique. Après sa mort, annonçait-il, la population de Jérusalem ne le reverrait plus jusqu’au jour de son retour sur terre.

TROIS PARABOLES

Plus tard, un jour de sabbat, Jésus se trouvait à un repas en compagnie d’un pharisien éminent. Comme d’habitude, le jeune rabbin était épié au cas où il enfreindrait d’une manière ou d’une autre les règles rigoureuses du groupe religieux.

Devant Jésus, se tenait un homme malade. Conscient de l’hypocrisie de ses hôtes, Jésus demanda aux pharisiens et aux docteurs de la loi présents s’il était autorisé à guérir pendant le sabbat.

Bizarrement, aucun des experts ne répondit. Poursuivant son idée, il guérit l’homme. Il les interrogea ensuite pour savoir s’ils sortiraient leur bœuf d’un puits pendant le sabbat. Manifestement, ils l’auraient fait mais, là encore, ils ne dirent rien.

Constatant qu’il était en présence de personnes imbues de leur situation et de leur statut, il saisit l’occasion de prêcher quelques leçons d’humilité, d’impartialité et de dévouement. Pour ce faire, il associa trois paraboles.

« Car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé » 

Luc 14 : 11

L’humilité est rare dans notre univers actuel. Le monde des scribes et des pharisiens n’était guère différent. Ces hommes jouissaient d’une importance sociale grâce à leur statut. Cependant, Jésus expliqua que lorsqu’ils étaient invités à une noce, ils devaient prendre le siège le plus modeste ou le moins éminent ; ainsi, leur hôte pouvait toujours leur donner une meilleure place s’il le souhaitait. En revanche, s’ils prenaient la place d’honneur sans y avoir été invités, ils risquaient l’humiliation de se voir demander de s’asseoir sur un siège de moindre prestance. Il conclut ainsi : « Car quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé » (Luc 14 : 11).

Se tournant vers son hôte, Jésus ajouta : « […] Lorsque tu donnes à dîner ou à souper, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni des voisins riches, de peur qu’ils ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille ». La nécessité de se montrer impartial, c’était là le centre d’intérêt de Jésus. Il poursuivit : « Mais, lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. Et tu seras heureux de ce qu’ils ne peuvent pas te rendre la pareille ; car elle te sera rendue à la résurrection des justes. » (versets 12-14).

Certains des convives à ses côtés notèrent la bénédiction que ce serait d’assister à un tel repas dans le royaume de Dieu. Jésus raconta alors une histoire très significative, au sujet d’un homme qui avait préparé une grande fête pour de nombreuses personnes (versets 16-24). Les invités, prévenus que le repas était prêt, se mirent à donner toutes sortes d’excuses pour ne pas s’y rendre. L’un dit qu’il venait d’acquérir un terrain et avait besoin de le voir. Un autre qu’il avait acheté des bœufs et qu’il fallait qu’il les essaie. Un troisième qu’il venait de se marier et ne pourrait se libérer.

Le serviteur de l’homme qui donnait le banquet en rendit compte à son maître qui se fâcha et lui ordonna d’ouvrir sa table aux démunis et à tout autre personne qui pouvait venir. Toutefois, le serviteur devait écarter ceux qui avaient été invités à l’origine ; leur ingratitude les empêcherait de participer aux festivités.

La leçon était claire. Les chefs religieux – qui ne reconnaissaient pas l’identité de Jésus – seraient chassés du royaume de Dieu.

Ces trois paraboles renforcent trois principes décisifs dans l’existence. Nous avons besoin d’humilité à profusion, nous avons besoin d’être justes à l’égard de chacun et nous ne devons pas refuser l’offre d’une place au royaume de Dieu en présentant des excuses après avoir été invités à y prendre part.

CALCULER LE PRIX

Les déplacements de Jésus en Pérée étaient presque terminés. Bientôt, il devrait se rendre à Jérusalem et affronter la mort. C’est dans ce contexte qu’il expliqua à la foule qui l’accompagnait que le prix à payer en tant que disciple était élevé. Il avertit que toute personne qui ne serait pas prête à porter sa propre croix et à le suivre n’était pas digne d’être disciple.

Il conseilla à son auditoire de calculer la dépense avant de suivre une ligne de conduite. Les maçons ne devaient pas bâtir de constructions sans évaluer les coûts ni disposer des ressources financières nécessaires pour terminer le travail. De même, les dirigeants ne partent pas à la guerre à moins d’être convaincus de pouvoir gagner et ils s’engagent à réussir (versets 28-33). Il faut être prêt à tout donner pour parvenir au but poursuivi. Comme l’a souligné Jésus, ses partisans ne doivent pas être trop doux, à l’instar d’un sel ayant perdu sa saveur (versets 34-35). Il doit exister une force intérieure, car personne ne peut faire grand-chose dans une vie chrétienne sans un engagement inconditionnel.