En lien avec la vigne

Alors que Jésus termine son dernier repas de Pâque en compagnie de ses disciples, la paix et la sérénité qui règnent dans la chambre haute créent une totale opposition avec la violence qui est sur le point d’éclater à l’extérieur.

Jésus venait d’officier pour la cérémonie de la Pâque, mettant en avant le symbolisme du pain et du vin. Il prit alors quelques instants pour partager ses ultimes réflexions avec ses disciples. Tout comme, sur le mont des Oliviers, il avait répondu à leurs questions quant à la fin des temps, il leur raconta ce qui allait se produire dorénavant.

Il leur expliqua donc qu’il allait partir préparer un lieu à leur intention, pour qu’ils puissent être avec lui à l’avenir. Il ajouta qu’ils connaissaient le chemin qui y menait. C’était une affirmation énigmatique et déroutante pour eux, ce qu’exprima Thomas : « nous ne savons où tu vas ; comment pouvons-nous en savoir le chemin ? ». Jésus répondit : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. » (Jean 14 : 5‑6, Nouvelle Édition de Genève 1979, tout au long de cet article).

Autrement dit, Jésus explicitait que leur nouveau mode de vie consisterait à suivre son exemple. En vivant ainsi, ils pourraient prendre part au royaume de Christ lorsqu’il serait instauré sur terre. Jésus poursuivit en précisant que personne ne pourrait comprendre Dieu le Père sans passer par lui. Il ajouta qu’en le connaissant lui, ils connaîtraient le Père.

Philippe demanda alors à voir le Père : « montre-nous le Père, et cela nous suffit ». Jésus indiqua qu’ils avaient découvert le Père en côtoyant son fils pendant de nombreux mois. Ce que Jésus avait dit et fait était les paroles et les œuvres du Père. Les miracles de Jésus étaient la démonstration du Père œuvrant dans le monde. La relation entre le Père et le Fils signifiait que les disciples pouvaient réaliser des œuvres plus grandes puisque Christ ferait droit à leurs demandes d’assistance, étant donnée sa place en tant que Fils de Dieu.

Jésus continua en expliquant que leur amour pour lui impliquait le respect de ses commandements. Ils l’avaient vu suivre la loi de son Père. C’était à eux de faire de même.

Il promit ensuite que le Père allait leur transmettre un réconfort spirituel et une aide sous la forme du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est aussi l’esprit de vérité, qui n’est généralement pas admis dans le monde. Bientôt, Jésus ne serait plus là, mais les disciples ne seraient pas pour autant des orphelins puisque le Saint-Esprit les accompagnerait.

AMOUR ET OBÉISSANCE 

Jésus avait rappelé aux disciples la nécessité de suivre ses commandements comme preuve de leur amour pour lui et pour le Père. L’un d’eux, appelé Jude (pas celui qui le trahira), demanda à Jésus pourquoi il n’informait pas le monde de qui il était. Là encore, la réponse fut énigmatique. Il déclara que ceux qui l’aimaient suivraient son enseignement et que, de ce fait, ils auraient un lien avec le Père en même temps.

Jésus ajouta qu’il ne faisait que prononcer les paroles de son Père, que le Saint-Esprit continuerait à leur dévoiler la vérité et qu’ils devaient être en paix et sans crainte. Les disciples continueraient en ce monde sans sa présence physique. En revanche, ils avanceraient vers le royaume ultime de Dieu sur terre. Ils allaient devoir affronter les contraintes de l’existence terrestre pendant un temps, mais trouveraient consolation et assistance grâce au Saint-Esprit.

Jésus les avertit ensuite que Satan était sur le point de contrarier le plan divin en le faisant tuer. Pourtant, dit-il, Satan, le prince de ce monde, n’aurait aucune prise sur lui. Pour prouver l’unité du dessein du Père et du Fils, il fallait que Jésus meure volontairement pour les péchés de l’humanité.

Dorénavant, l’engagement des disciples aux côtés de Jésus, et de tout ce qu’il représentait, devait être total. Il leur apprit qu’ils étaient comme les sarments d’une vigne. Il était la vigne et son Père était le vigneron. Les sarments qui ne portent pas de fruits sont coupés. Ceux qui portent des fruits sont taillés pour qu’ils puissent en supporter davantage. Les disciples productifs sont comme des sarments chargés de fruits ; ils auront besoin d’être émondés de temps en temps pour pouvoir être plus fructueux. Pour porter des fruits, il faut rester en lien avec Christ, la vigne. Jésus précisa : « sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15 : 5).

« Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, de même que j’ai gardé les commandements de mon Père, et que je demeure dans son amour. » 

Jean 15 : 10, Nouvelle Édition de Genève 1979

Jésus poursuivit son explication en revenant sur l’obéissance à ses commandements : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, de même que j’ai gardé les commandements de mon Père, et que je demeure dans son amour. » (verset 10). Il ordonna ensuite aux disciples de s’aimer les uns les autres comme lui, Christ, les avait aimés. Il allait prouver l’intensité de cet amour en mourant pour eux et pour nous. C’est ainsi qu’il dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (verset 13).

Il leur rappela qu’ils les avaient recrutés. Comme tous ceux que Dieu appelle, ils ne l’avaient pas choisi ; c’est lui qui les avait choisis pour qu’ils partent et portent des fruits.

PRATIQUE DE LA FOI

Jésus expliqua ensuite que le suivre signifiait s’isoler du monde. Pas comme l’isolement du monastère ou de l’ermitage, parce que Jésus prévoyait que ses partisans continuent de vivre dans la société. Ses partisans seraient isolés du monde par la pratique de ses enseignements.

Il déclara : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait. » (versets 18‑19).

La haine que les disciplines allaient rencontrer viendrait du fait que leurs ennemis ne connaissaient pas Dieu le Père et ne reconnaissaient pas son fils. Selon Jésus, la société avait assisté à ses miracles, mais les avait rejetés, lui et son Père. Il annonça que c’était la réalisation d’une prophétie du livre des Psaumes : « Ils m’ont haï sans cause » (verset 25).

En poursuivant, Jésus expliqua que les disciples témoigneraient de son œuvre, guidés par le Saint-Esprit. Il leur raconta tout cela pour qu’ils ne soient pas découragés par l’hostilité et la haine : « Ils vous excluront des synagogues », précisa-t-il ; « et même l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu. » (Jean 16 : 2).

Il est donc possible que certaines personnes pensent servir Dieu alors qu’en réalité, ils ne savent même pas qui il est.

Il est possible que certaines personnes pensent servir Dieu alors qu’en réalité, elles ne savent même pas qui il est.

AFFRONTER L’OPPOSITION

De nouveau, Jésus assura à ses disciples que l’Esprit Saint viendrait les aider, mais seulement après qu’il les aurait quittés. Il ne serait plus présent physiquement parmi eux, mais le Saint-Esprit leur serait donné. L’Esprit de Dieu les guiderait dans toute vérité, en les inspirant dans leur compréhension des choses de Dieu.

Une fois encore, il leur rappelait qu’ils ne le verraient plus et que, quelque temps plus tard, ils le reverraient. Il parla d’aller rejoindre le Père, mais eux ne pouvaient pas comprendre ce qu’il voulait dire. Il précisa : « Vous pleurerez et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira : vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie. La femme, lorsqu’elle enfante, éprouve de la tristesse, parce que son heure est venue ; mais, lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de la souffrance, à cause de la joie qu’elle a de ce qu’un homme est né dans le monde. » (versets 20‑21).

Jésus parlait de sa mort prochaine et de sa résurrection. Il reconnut que, dans tous ces propos, il s’était exprimé à travers un langage figuratif difficile à interpréter. Par exemple, quand il avait parlé d’aller auprès de son Père, les disciples n’avaient pas compris. Il ajouta alors : « L’heure vient où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais où je vous parlerai ouvertement du Père. » (verset 25).

Il poursuivit ainsi : « le père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; maintenant je quitte le monde, et je vais au Père. » (versets 27‑28).

En définitive, les disciples comprirent, semble-t-il, puisqu’ils dirent : « Voici, maintenant tu parles ouvertement, et tu n’emploies aucune parabole. Maintenant nous savons que tu sais toutes choses, et que tu n’as pas besoin que quelqu’un t’interroge ; c’est pourquoi nous croyons que tu es sorti de Dieu. » (versets 29‑30).

Malgré leur assurance, Jésus répondit qu’à un certain moment, ils se disperseraient et l’abandonneraient.

Il ajouta qu’il leur avait tenu ces propos pour qu’ils soient prévenus et apaisés. Même s’ils allaient rencontrer opposition, haine et hostilité dans le monde, ils pouvaient se sentir confortés car, lui, il avait vaincu le monde et son animosité.

UNE PRIÈRE CONSACRÉE AUX DISCIPLES

L’heure de la trahison approchant, le récit des Évangiles indique précisément quatre prières prononcées par Jésus. L’une était destinée à ses disciples, les trois autres étaient consacrées à la force nécessaire pour supporter le supplice de la crucifixion.

L’Évangile de Jean relate la première prière, faite dans la salle haute où Jésus et les disciples s’étaient rassemblés pour la Pâque. Jésus leva les yeux et pria : « Père, l’heure est venue ! Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie, selon que tu lui as donné pouvoir sur toute chair, afin qu’il accorde la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire. Et maintenant toi, Père, glorifie-moi auprès de toi-même de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde soit. » (Jean 17 : 1‑5).

Jésus déclara qu’il avait transmis la Parole de Dieu, sa Vérité, aux disciples que le Père avait appelés à se séparer du monde. Il précisa ensuite : « C’est pour eux que je prie. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, parce qu’ils sont à toi » (verset 9).

Sachant qu’il ne resterait plus longtemps dans la société des hommes, il implora la protection divine pour ses disciples : « Père saint, garde-les en ton nom que tu m’as donné, afin qu’ils soient un comme nous » (verset 11b). Puis il ajouta : « Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Sanctifie-les par ta vérité : ta parole est la vérité. » (versets 15‑17).

Jésus étendit ensuite sa prière à tous ses partisans à travers les siècles : « Ce n’est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (versets 20‑21).

Il termina sa prière pour les disciples en reconnaissant la différence entre ceux qui sont appelés et le monde qui les entoure : « Père juste, le monde ne t’a point connu ; mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont connu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que je sois en eux. » (versets 25‑26).

TROIS PRIÈRES APPELANT LA FORCE

Ensemble, ils chantèrent alors un hymne puis partirent, traversant la vallée du Cédron, pour arriver dans une oliveraie appelée Gethsémané, sur le flanc du mont des Oliviers. Jésus s’adressa alors à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je m’éloignerai pour prier ». Il s’écarta en compagnie de Pierre, Jacques et Jean. C’est alors qu’il se sentit bouleversé et perturbé. « Mon âme est triste jusqu’à la mort », leur dit-il, « restez ici, et veillez avec moi. » (Matthieu 26 : 36‑38).

Après s’être retiré à l’écart, il tomba sur le sol et pria : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » (verset 39). L’Évangile de Luc nous raconte qu’un ange venu du ciel est apparu et l’a fortifié. Il pria alors avec encore davantage de ferveur, pris d’une immense anxiété, et sa sueur se mit à couler comme des gouttes de sang sur le sol (Luc 22 : 43‑44).

Il se releva puis revint vers ses disciples qui s’étaient assoupis, terrassés par le chagrin. Il se tourna vers Pierre : « Vous n’avez donc pu veiller une heure avec moi ! Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation ; l’esprit est bien disposé, mais la chair est faible. » (Matthieu 26 : 40‑41 ; Luc 22 : 45‑46).

Alors, pour la deuxième fois depuis son arrivée à Gethsémané, il se recueillit : « Mon Père, s’il n’est pas possible que cette coupe s’éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Matthieu 26 : 42). La séparation du Père à travers la mort rédemptrice du péché sera bientôt l’ultime déchirement de Christ.

Lorsqu’il revint vers les disciples, il les trouva de nouveau assoupis. Cette fois, ils ne surent que répondre. Il les quitta et reprit la même prière une troisième fois. De retour auprès de ses disciples endormis, il déclara : « L’heure est venue ; voici, le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous, allons ; voici, celui qui me livre s’approche. » (Marc 14 : 40‑42).

LA TRAHISON

Judas Iscariote arrivait suivi d’une foule importante, qui brandissait torches et lanternes, épées et gourdins, et accompagné d’un détachement de soldats romains. De plus, il avait amené des représentants des autorités religieuses. Jésus demanda sciemment à qui ils en voulaient car il souhaitait protéger ses disciples.

« Jésus de Nazareth, répondirent-ils.

– C’est moi », annonça Jésus. À ce moment, la foule tomba sur le sol. Jésus redemanda qui ils cherchaient.

De nouveau, ils répondirent : « Jésus de Nazareth » (Jean 18 : 4‑7).

L’Évangile de Jean relate la réaction de Jésus : « Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. » Selon Jean, « il dit cela, afin que s’accomplisse la parole qu’il avait dite : Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés » (versets 8‑9).

Judas s’approcha alors et salua son Maître d’un baiser : le signe prévu pour désigner aux Romains celui qu’ils devaient arrêter. Comme il le faisait, Jésus lui dit : « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ! » (Luc 22 : 48) et « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le » (Matthieu 26 : 50).

Certains se sont interrogés sur les raisons pour lesquelles Jésus a dû en passer par cette trahison. Pourquoi ne pouvait-il pas être simplement capturé, sans être livré ? C’est évidemment l’une des pires causes de souffrance affective. Être trahi par un ami très proche est une expérience que beaucoup rencontrent dans leur existence. C’est courant. En tant que Sauveur et Souverain Sacrificateur de son peuple, Jésus-Christ a été confronté aux mêmes choses que nous ; c’est pourquoi il peut comprendre et nous aider lorsque nous sommes dans le besoin. Si nous sommes l’objet d’une trahison, il est là, connaissant parfaitement la situation, ainsi que la douleur et le trouble émotionnel que nous ressentons. Il est là pour soulager notre détresse. Lorsque Judas est sorti de l’ombre pour livrer Jésus, il l’a fait par le lien symbolique intime du baiser.

Jésus-Christ a été confronté aux mêmes choses que nous ; c’est pourquoi il peut comprendre et nous aider lorsque nous sommes dans le besoin.

L’un des autres disciples fut indigné de ce qui se passait : alors que les autorités s’avançaient pour arrêter Jésus, Pierre saisit un épée et balafra l’un des hommes. Celui qu’il frappa s’appelait Malchus, serviteur du souverain sacrificateur. Le coup lui avait tranché l’oreille. Jésus réagit en ordonnant à Pierre de ranger son épée, puis il soigna la blessure de Malchus en déclarant que « tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée » (Matthieu 26 : 52). Il ajouta que, s’il en était besoin, Dieu pourrait envoyer une légion d’anges pour veiller sur lui. Toutefois, si cela se produisait, il ne serait pas en mesure d’accomplir le dessein pour lequel il était venu.

Jésus en profita également pour rappeler aux membres de la foule qu’ils venaient l’agresser dans l’obscurité, armés de gourdins et d’épées, alors qu’ils ne l’avaient pas arrêté au Temple tandis qu’il s’exprimait librement et ouvertement. Là encore, précisa-t-il, c’était la réalisation des prophéties sur le Messie.

C’est alors que, comme Jésus l’avait prévu, tous ses disciples s’enfuirent, le laissant seul face au martyre et à une mort atroce.