« Tout est accompli. »

La mort de Jésus a été interprétée et décrite de bien des façons à travers les âges. Pourtant, l’histoire réelle est beaucoup plus impressionnante que tout ce que l’art, la littérature, la télévision ou le cinéma ont pu présenter.

Après que les autorités religieuses et militaires eurent arrêté Jésus de Nazareth dans le jardin de Gethsémané, ils l’attachèrent et l’amenèrent d’abord devant Anne, un ancien et important souverain sacrificateur dont le gendre, Caïphe, occupait désormais la fonction. Anne posa des questions sur les enseignements de Jésus et sur ses disciples. En réponse, Jésus dit que, comme il avait parlé en public, les autorités devaient interroger les membres de l’assistance sur ce qu’il avait enseigné. C’étaient eux les témoins.

À ces mots, l’un des fonctionnaires frappa Jésus au visage, l’accusant de se montrer insolent à l’égard du grand prêtre. Jésus répliqua : « Si j’ai mal parlé, explique-moi ce que j’ai dit de mal ; et si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jean 18 : 23, Nouvelle Édition de Genève 1979, tout au long de cet article).

Jésus a ensuite été emmené dans la maison de Caïphe où le sanhédrin, ou conseil, avait été convoqué. Le fait que les sanhédristes ne se réunissaient pas dans un lieu officiel laisse penser qu’ils avaient été appelés à la hâte. Ils cherchaient une preuve frauduleuse afin de pouvoir mettre le jeune prêcheur à mort. Des personnes se présentèrent en nombre, mais aucune avec un motif suffisant, pas même ceux qui racontèrent que Jésus avait prétendu pouvoir détruire le temple et le reconstruire en trois jours. Selon cette allégation, il avait revendiqué remplacer une construction bâtie par l’homme par une autre bâtie par Dieu. Évidemment, il n’avait rien dit de tel, et même les faux témoins ne réussirent pas à faire corroborer leurs déclarations.

Le principal sacrificateur demanda si Jésus allait répondre à ses accusateurs. Il resta silencieux jusqu’à ce que Caïphe voulût savoir s’il était ou non le Christ, le Fils de Dieu. Jésus répondit : « Tu l’as dit. De plus, je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. » (Matthieu 26 : 64). Jésus ne faisait que confirmer qu’il reviendrait un jour et qu’alors, ils sauraient avec certitude qui il était.

C’en était trop pour le souverain sacrificateur. Au comble de l’indignation, il déchira ses vêtements qualifiant Jésus de blasphémateur. Les autres jugèrent alors qu’il méritait la mort, ils lui crachèrent dessus, l’insultèrent, lui bandèrent les yeux puis lui assénèrent des coups de poing. Ils lui demandèrent ensuite de révéler, par inspiration divine, qui venait de le frapper puisqu’il était le Fils de Dieu.

DANS LE DÉNI

Deux des disciples observaient de la cour : Pierre et Jean. Lorsqu’une servante reconnut Pierre comme l’un des partisans de Jésus, il le nia immédiatement. Ce fut le premier de trois ou quatre reniements. Jésus avait prévenu Pierre que ce dernier le renierait trois fois avant que le coq ne chante (Marc 14 : 30), même si les récits des Évangiles mentionnent, semble-t-il, quatre reniements consécutifs.

Quand Pierre alla se réchauffer près d’un brasier allumé dans la cour, quelqu’un d’autre le reconnut. « Je ne sais ce que tu veux dire », rétorqua-t-il (Matthieu 26 : 70).

Il se dirigea vers le portail où, là encore, il fut reconnu comme un adepte de Jésus. Cette fois, il fit serment qu’il n’en était rien.

Un peu plus tard, quelqu’un dit que son accent galiléen le trahissait. « Ne t’ai-je pas vu avec lui dans le jardin ? », interrogea un autre. Cet homme était un proche du serviteur dont Pierre avait coupé l’oreille. Pierre se montra alors irrité et jura, tout en niant connaître Jésus (Matthieu 26 : 73‑74 ; Jean 18 : 26).

C’est à cet instant qu’un coq se mit à chanter. Jésus tourna son regard vers Pierre. Les paroles de son maître resurgirent : « Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois ». Il n’y a pas là forcément une contradiction : Jésus fait mention de trois reniements (au moins), ce qui n’en exclut pas un quatrième.

Ce fut un moment atroce pour Pierre, lui qui avait prétendu qu’il irait jusqu’à mourir avec Jésus. Il ne pouvait plus que quitter les lieux et verser des larmes d’amertume.

À l’aube, les sanhédristes entérinèrent leur décision de mettre Jésus à mort. De nouveau, ils obtinrent de lui la confirmation qu’il était le Fils de Dieu : « Vous le dites, je le suis », leur répondit-il (Luc 22 : 70).

De son côté, Judas, le traître, était saisi d’angoisse et de mauvaise conscience. Il savait que Jésus était innocent. Il ramena le prix du sang aux souverains sacrificateurs et aux anciens, mais ils ne voulaient plus rien avoir à faire avec lui. Les remords de Judas furent si terribles qu’il s’enfuit et se pendit. Les chefs religieux prirent la récompense de sa traîtrise et achetèrent un champ pour y enterrer les étrangers, lieu qui prit le nom de « champ du sang ».

DEVANT LE GOUVERNEUR ROMAIN 

Le procès de Jésus, qui avait débuté en trois stades devant les autorités religieuses juives, entrait dans une nouvelle phase, elle aussi en trois étapes. Cette fois, Jésus devait comparaître devant les autorités politiques. Tôt dans la matinée, il fut conduit au palais du gouverneur romain, Ponce Pilate.

Comme la Pâque débutait pour les Juifs, ceux-ci ne voulaient pas se rendre impurs d’après le cérémonial d’usage en entrant dans la maison d’un gentil. Ils rencontrèrent donc Pilate à l’extérieur. L’hypocrisie de la situation était démesurée puisqu’ils venaient de se souiller en condamnant un innocent. Pilate voulut connaître l’accusation qui pesait contre Jésus. Les chefs juifs prétendirent que Jésus corrompait la nation en s’opposant au règlement des taxes imposées par Rome et en revendiquant être le Messie, un roi.

Pilate répliqua que c’était aux Juifs de juger leur propre peuple. Les chefs religieux refusèrent, prétextant qu’ils n’avaient pas le droit de mettre quelqu’un à mort. Ce faisant, ils ouvraient la voie vers la crucifixion.

Pilate demanda à Jésus s’il était le roi des Juifs, ce que Jésus reconnut – quoique pas dans un sens conventionnel. Il expliqua que son royaume n’appartenait pas à la terre pour le moment. Il admit néanmoins qu’il était venu au monde pour établir un royaume à venir. Il ajouta qu’il venait pour témoigner de la vérité. À ces mots, Pilate demanda avec cynisme : « Qu’est-ce que la vérité ? » (Jean 18 : 38).

Jésus ajouta qu’il venait pour témoigner de la vérité. À ces mots, Pilate demanda avec cynisme : « Qu’est-ce que la vérité ? »

Conscient que rien dans l’accusation ne méritait la mort, Pilate annonça aux souverains sacrificateurs et à la foule qui les accompagnait que Jésus était innocent. Les grands prêtres reprirent leurs accusations, mais Jésus ne leur répondit pas. Son attitude et sa résistance stupéfiaient Pilate.

Les chefs religieux affirmèrent que Jésus avait lancé une campagne en Galilée, avant de la poursuivre à Jérusalem. Cela donna une idée à Pilate. Il demanda à Jésus s’il était Galiléen. Comprenant que ce dernier relevait de la compétence d’Hérode Antipas, il l’envoya comparaître devant ce roi, lequel se trouvait à Jérusalem à ce moment-là.

Cela faisait longtemps qu’Hérode voulait rencontrer Jésus. Il espérait assister à un miracle. Certes, il avait assassiné Jean le Baptiste et refusé de se repentir de son union adultère avec la femme de son frère. Son intérêt était uniquement lié à la curiosité, ce qui fut manifeste lorsque Jésus ne lui fournit aucune réponse lors de son interrogatoire. Hérode et ses soldats se moquèrent alors de lui et le renvoyèrent chez Pilate, habillé d’un vêtement royal. Il s’avéra qu’à cette occasion particulière, Hérode et Pilate se lièrent d’amitié, alors qu’ils avaient été ennemis jusqu’à cet incident avec Jésus (Luc 23 : 6‑12).

CRUCIFIE-LE !

Il existait un usage selon lequel, chaque année, le gouverneur romain relâchait un prisonnier choisi par la foule. Cela faisait déjà deux fois que Pilate essayait de libérer Jésus sans y parvenir. Il tenta une troisième méthode. Un homme était emprisonné, un assassin appelé Barabbas qui avait mené une rébellion. Pilate proposa à la foule de choisir entre Jésus et cet homme. Il a dû penser que le choix de l’assistance ne se porterait pas sur un meurtrier face à un homme que lui comme Hérode avaient déclaré innocent. Pilate savait que Jésus était la victime d’une jalousie des autorités religieuses. Pourtant, la foule fut poussée à demander la libération de Barabbas (versets 13‑19 ; Matthieu 27 : 15‑18).

Pilate proposa à la foule de choisir entre Jésus et cet homme. Il a dû penser que le choix de l’assistance ne se porterait pas sur un meurtrier face à un homme que lui comme Hérode avaient déclaré innocent. 

À cet instant, l’épouse de Pilate lui fit parvenir un message. Elle disait avoir été perturbée par un rêve concernant Jésus et implorait son mari de n’avoir aucun rapport avec cet homme innocent (Matthieu 27 : 19).

Cependant la foule continuait à réclamer la libération de Barabbas. Pilate se sentit acculé et envoya Jésus à la flagellation. Les soldats romains tressèrent une couronne d’épines pour la placer sur la tête de Jésus. Ils le revêtirent d’un manteau pourpre, le frappèrent au visage, le raillèrent et l’injurièrent.

À nouveau, Pilate s’adressa à la foule pour protester de l’innocence de Jésus. Il demanda une nouvelle fois ce qu’il fallait faire de lui, mais l’assistance réclamait toujours sa crucifixion à grands cris. Pilate s’efforça encore de délivrer Jésus : « Quel mal a-t-il fait ? », interrogea-t-il. « Je n’ai rien trouvé en lui qui mérite la mort. Je le relâcherai donc, après l’avoir châtié. » (Luc 23 : 22). Mais reprit alors la clameur exigeant sa crucifixion.

C’est ainsi que Pilate annonça aux autorités juives : « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le. » Il retourna même auprès de Jésus pour trouver avec lui une porte de sortie. Il lui demanda : « Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te crucifier, et que j’ai le pouvoir de te relâcher ? » (Jean 19 : 6b‑10). Jésus lui expliqua qu’il n’avait aucun pouvoir qui ne lui venait de Dieu.

Une nouvelle fois, Pilate tenta de libérer Jésus, mais en vain. C’est alors que le gouverneur romain prit une jatte d’eau et se lava les mains devant la foule, symbolisant ainsi qu’il ne voulait pas être tenu responsable de la mort d’un innocent. La foule assuma volontiers cette responsabilité.

Pilate relâcha Barabbas, fit flageller Jésus et le livra pour qu’il soit crucifié. Les soldats romains en profitèrent à nouveau pour se moquer de lui et le frapper tandis qu’il était encore revêtu d’un manteau pourpre. Ils lui remirent ensuite ses vêtements et le conduisirent dans un lieu situé aux limites de la ville, appelé Golgotha, ce qui signifie « lieu du crâne ». En chemin, un homme venu de Cyrène, ville du nord de l’Afrique, fut contraint de porter ce qui était sans doute la barre transversale du gibet de crucifixion de Jésus. Ce dernier l’avait porté lui-même, mais il était désormais trop faible pour continuer.

Tandis que Jésus était mené au lieu de sa mort, il était accompagné de deux criminels qui, eux aussi, devaient être exécutés.

JÉSUS SUR LE GIBET

La crucifixion de Jésus-Christ est sans doute l’une des images les plus marquantes de toute la culture occidentale. Depuis deux millénaires, elle a constamment inspiré artistes et écrivains. À cause de la dénaturation qui en a résulté, sans doute a-t-elle perdu son intensité et une grande part de sa signification pour les gens.

Que nous disent précisément les Évangiles sur cet évènement ?

Matthieu commence son compte rendu par la simple constatation que l’acte de crucifixion a eu lieu : « Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort » (Matthieu 27 : 35). Il ne veut pas dire que Jésus était mort. Il rapporte que le condamné a été cloué sur la croix, ou gibet, et que son agonie a commencé. Dès lors, les quatre soldats qui gardaient les trois hommes accrochés devant eux s’occupèrent à partager leur butin ; or, tout ce qui restait était les vêtements des victimes. Dans le cas de Jésus, ils partagèrent ce qu’ils purent, mais sa tunique était cousue d’une seule pièce ; c’est pourquoi ils la tirèrent au sort plutôt que de la déchirer.

Jésus savait que les soldats ne comprenaient pas bien ce qu’ils faisaient en le crucifiant. Son attitude à leur égard n’eut rien de malveillant. Il dit simplement : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » (Luc 23 : 34). Ce fut la première des sept paroles que Jésus prononça pendant sa crucifixion. Il était alors neuf heures du matin environ.

Au-dessus de la tête de Jésus, Pilate avait ordonné que l’on accroche une inscription en araméen, en latin et en grec : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs ». Les principaux sacrificateurs s’étaient opposés à cette formulation, mais Pilate avait répliqué : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » (Jean 19 : 22).

Nombre de personnes arrivant de Jérusalem pouvaient lire l’inscription en passant. Parmi eux, certains criaient des injures à Jésus. Les anciens et les docteurs de la loi se moquèrent de lui, lançant que s’il était vraiment le Fils de Dieu, il se sauverait tout seul. Les soldats, et même les deux voleurs crucifiés à ses côtés, se mirent à l’insulter. 

L’un des deux proféra des accusations plus véhémentes que l’autre, semble-t-il. Ce dernier craignait en effet que Dieu ne les punisse davantage pour avoir injurié un innocent. Il déclara : « Nous méritons notre peine, mais cet homme n’a rien fait de mal. » (Luc 23 : 41, paraphrasé).

Il pria Jésus de se souvenir de lui lorsque le royaume de Dieu serait instauré. Jésus lui assura que le jour viendrait où le voleur serait avec lui dans son royaume, mentionné là comme « le paradis ». 

Près du lieu de crucifixion, se tenait Marie, la mère de Jésus. Depuis le moment de la conception de ce fils tout à fait unique qu’elle allait élever, elle avait beaucoup réfléchi. Maintenant, elle se trouvait au pied de son poteau d’exécution. Jésus la vit, entourée de plusieurs autres femmes, dont Marie-Madeleine. Le disciple Jean était lui aussi tout proche. Il observait. Jésus dit à sa mère que dorénavant Jean serait son fils et, à Jean, il dit qu’il aurait une nouvelle mère. Dès lors, Jean prit soin de Marie.

LA MORT D’UN INNOCENT 

À midi, une obscurité inhabituelle tomba sur la terre. Elle allait durer trois heures pendant lesquelles Jésus approcherait de l’instant de sa mort. Vers trois heures de l’après-midi, il s’écria d’une voix forte : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27 : 46 ; Marc 15 : 34). C’était la plainte terrible et déchirante d’un homme rompu et séparé de Dieu, portant seul la sanction pour le péché de l’humanité. Jésus n’était coupable d’aucun péché. Il mourait innocent, sacrifié à la place de chacun des hommes qui a vécu, qui vit et qui vivra. La mort du Fils de Dieu à notre place signifie que sa vie a été donnée en contrepartie de la nôtre. C’est ainsi que nous pouvons être pardonnés et éviter les souffrances de la peine de mort pour avoir péché. L’immensité de ce que Jésus a voulu traverser pour que nous recevions le pardon et que nous parvenions à la vie éternelle est souvent estompée par la description romancée qui est faite de la réalité de sa crucifixion.

Conscient que sa fin était proche, Jésus dit : « J’ai soif. » (Jean 19 : 28). On lui donna du vinaigre imbibé dans une éponge fixée à l’extrémité d’une branche d’hysope. Enfin, il put prononcer ces paroles : « Tout est accompli. » (verset 30). Il s’écria encore d’une voix forte : « Père, je remets mon esprit entre tes mains. » (Luc 23 : 46). Le Sauveur de l’humanité inclina alors la tête et rendit son dernier souffle.