Face à face

En conclusion du Sermon sur la montagne, Jésus démasqua l’hypocrisie, encouragea la justesse dans le jugement et révéla le fond de la nature divine.

Qu’est-ce qui a pu rendre le Sermon sur la montagne à ce point inoubliable ?

Dans la cinquième partie, nous avons vu que Jésus avait livré des vérités universelles, principes qui perçaient au cœur de la faiblesse humaine tout en montrant le chemin à suivre. Jésus avait abordé les qualités divines essentielles qui nous permettent de surpasser la fragilité de notre humanité : par exemple, l’humilité (reconnaissance de notre place dans le grand ordre de la vie) dans la relation des êtres humains avec Dieu. En soulignant l’importance des intentions loyales et le pouvoir d’un esprit conciliateur, il avait expliqué comment gagner en indulgence et se montrer miséricordieux.

Tous ces aspects furent appuyés par des exemples pratiques dont Jésus émailla son sermon. Par moment, il se montrait implacable, décrivant combien nous sommes loin d’atteindre la spiritualité que Dieu attend de nous, et avec quelle facilité nous tombons dans le faux-semblant.

Pour commencer la conclusion de son message, Jésus révéla l’hypocrisie de ceux qui enseignaient la foi religieuse bien que vivant autrement. Dans le grec du Nouveau Testament, le terme utilisé pour « acteur » est devenu notre mot hypocrite, signifiant celui qui porte un masque, à l’instar des comédiens grecs de l’Antiquité.

En parlant d’actes de charité, de prières et de jeûnes dépourvus de sincérité, Jésus montra qu’il est possible de feindre des opinions religieuses sans être davantage qu’un acteur sur une scène.

Les actes charitables, expliqua-t-il, doivent être effectués discrètement. « Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus ; autrement, vous n’aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 6 : 1, Nouvelle Édition de Genève 1979, pour cet article).

Apparemment, certains avaient l’habitude, quand ils apportaient des présents au temple de Jérusalem, de faire sonner la trompette pour attirer l’attention sur leur don charitable. C’est pourquoi Jésus dit : « Donc, lorsque tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense » (verset 2). Leur rétribution, annonça-t-il, est la reconnaissance des hommes, non celle de Dieu.

Jésus professa que ces œuvres de bienfaisance devraient être réalisées en secret pour que seul Dieu les voie, et qu’ensuite il accorde la récompense qui convient.

La prière peut également être un spectacle illusoire. « Lorsque vous priez », ajouta-t-il, « ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense » (verset 5).

Par contre, Jésus enseigna que la prière devait être une communication privée avec Dieu. Comme indiqué au verset suivant, il déclara : « Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra ».

De même, il était évident qu’il fallait éviter une pratique hypocrite du jeûne : « Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense. Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (verset 16-18).

Ces paroles étaient mortifiantes.

PRIORITÉ AUX CHOSES IMPORTANTES

Dans la suite de son discours sur les valeurs essentielles, Jésus passa à un autre sujet, devenu une obsession aujourd’hui : le matérialisme. Il fit remarquer qu’il existait des trésors plus importants que ceux que l’on trouve sur terre.

La richesse qu’il recommandait était éternelle et spirituelle. Il dit : « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent » (versets 19-20).

Au bout du compte, il s’agit de savoir à quoi consacrer sa volonté. Si le cœur humain est séduit par l’attrait de l’argent, du matérialisme et des richesses du présent, alors les trésors spirituels importants seront ignorés.

Jésus assura qu’il est impossible d’être attaché autant à Dieu qu’à la fortune : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon [richesse, en araméen] » (verset 24).

Mais si, selon l’enseignement de Jésus, les biens matériels détournent de la quête spirituelle qui occupe notre existence, qu’en est-il des besoins quotidiens tels la nourriture, les vêtements et le logement ?

Comme toujours, sa réponse fut directe : « C’est pourquoi je vous le dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que nourriture, et le corps plus que vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? »

Il est futile de nous préoccuper des choses que Dieu nous sait nécessaires. « Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? », interrogea Jésus. « Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; cependant je vous dis que Salomon même, dans sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? » (verset 25-30).

Le plus important dans la vie, expliqua-t-il, est de fixer correctement nos priorités. 

Le plus important dans la vie, expliqua-t-il, est de fixer correctement nos priorités. Cette critique du matérialisme trouva son apogée en ces termes : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses [matérielles] vous seront données par-dessus » (verset 33).

C’est une promesse qui exige notre foi, et Jésus avait beaucoup à dire sur la foi.

APPRENDRE À FAIRE LA DIFFÉRENCE

Dans les derniers paragraphes du Sermon sur la Montagne, sont prodigués des conseils sur la sagesse d’un jugement pieux, sur la façon de trouver et de préserver la vérité, et sur la nécessité de tenir compte de l’enseignement de Jésus.

Dans la partie concernant la sagesse de jugement, il est aussi recommandé de ne pas condamner les autres tant que nous avons nos propres problèmes à régler. En d’autres termes, selon Jésus, tant que nous ne sommes tous que des êtres humains, nous ne devons pas être si prompts à condamner les autres pour leurs défauts. En effet, nous en avons tous.

En revanche, nous devons discerner entre les actes bons et mauvais, sans pour cela blâmer ceux qui y sont impliqués. Ainsi, Jésus dit : « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez » (Matthieu 7 : 1-2).

Certes, ce genre d’enseignement est important, porteur d’une gravité évidente. Parfois, nous avons même l’impression que Jésus n’était qu’un « homme de douleur ». Avait-il le sens de l’humour ? Dans ce passage sur le jugement des autres, il nous demanda de retirer la poutre de notre œil avant d’essayer de débarrasser notre ami du grain de poussière qui se trouve dans le sien. Il emploie là une formulation humoristique pour démontrer un principe crucial.

Mais Jésus reprend immédiatement en rappelant que nous devons nous montrer justes dans nos décisions. Il ne faut pas systématiquement éviter de juger, mais il faut discerner à qui nous devons accorder la vérité spirituelle. Il s’expliqua ainsi : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant des pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent » (verset 6).

De la même manière, il avertit contre les faux prophètes ou les faux professeurs. « Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravisseurs » (verset 15).

Identifier de tels imposteurs exige du discernement, ou du jugement. Mais comment reconnaître de faux enseignants ?

Par les seuls effets de leurs paroles et de leurs actes : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits », démontra Jésus. « Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ou un mauvais arbre porter de bons fruits. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (versets 16-20). Ces propos encouragent fortement à apprendre le discernement.

Insistant sur la duperie qui se généralise lorsque des imposteurs religieux opèrent, Jésus poursuivit : « Ceux qui disent : Seigneur, Seigneur ! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais seulement celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux ».

Ainsi, même ceux qui étaient susceptibles de prétendre suivre la voie des chrétiens seraient peut-être exclus lors du jugement final. Jésus ajouta : « Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom ? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? Alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité » (versets 21-23).

Lorsque Jésus prononça ces paroles, il était entouré d’imposteurs de la spiritualité, d’hypocrites et d’individus égoïstes motivés par des raisons politiques. Son message fut mordant : il était possible d’affirmer servir Dieu sans être reconnu par lui.

VÉRITÉS SPIRITUELLES

Quel était le remède pour ceux qui étaient concernés ? Soulignant la nécessité d’une sincérité et d’un dévouement sans réserve, Jésus déclara : « Demandez, et l’on vous ouvrira ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvre à celui qui frappe » (versets 7-8). Dieu est un Père aimant, qui donnera à ses enfants tout ce dont ils ont besoin.

Dieu montre sa préoccupation omniprésente à l’égard des autres, et nous devrions faire de même. Jésus dit : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes » (verset 12).

« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c'est la loi et les prophètes. »

Matthieu 7 : 12

Jésus savait que mener une vie chrétienne serait difficile dans un univers laïcisé et un monde chargé d’oppositions religieuses. C’est la substance de sa déclaration, bien souvent répétée, que citent les versets 13 et 14 : « Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. »

Cette image limpide rejoint les derniers mots du sermon, lesquels sont un encouragement à tenir compte des paroles de Jésus : « C’est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc » (verset 24). Suit alors une parabole relative à la construction sur des fondations solides. Ceux qui construisent sur le sable (les croyances profanes ou pseudo-religieuses de ce monde) subiront une grande perte quand les tourbillons de la vie viendront. Ceux qui ont bâti sur le roc de l’enseignement de Jésus, en revanche, supporteront les turbulences de l’existence.

Comme Jésus terminait son discours, la réaction populaire mit de nouveau en évidence l’énorme différence entre son enseignement et celui des professeurs habituels. Aux versets 28 et 29, nous pouvons lire : « Après que Jésus eut achevé ces discours, la foule fut frappée de sa doctrine ; car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes ».

Leurs enseignants citaient apparemment d’autres commentateurs et penseurs à l’appui de leurs arguments. Jésus ne citait que les Écritures, reprenant leurs vérités spirituelles dans ses formulations personnelles.

Là encore, l’importance de l’honnêteté et de l’intégrité dans l’utilisation de la Parole de Dieu et de ses principes est évidente. Tout comme Jésus lui-même était prêt à traiter la vérité divine en toute sincérité, nous devons le faire. La valeur de la Parole de Dieu doit être reconnue par tous. « Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles ; elle juge les sentiments et les pensées du cœur. » (Hébreux 4 : 12.)