Appelés, élus, fidèles

L’étude de la biographie de l’apôtre Pierre nous a conduits à deux lettres rédigées vers la fin de son extraordinaire existence.

Dans le numéro précédent, nous avons examiné le premier chapitre de sa première épître (voir Les Apôtres, Trèizieme partie). Au chapitre 2, Pierre reprend et développe le thème de la responsabilité mutuelle. Il conclut qu’une personne guidée par l’Esprit de Dieu rejettera les penchants habituels de l’humanité pour la calomnie et la duperie (1 Pierre 2 : 1‑3, Nouvelle édition de Genève 1979 pour cet article).

L’auteur de ces lignes est un homme très différent de celui que décrit l’Évangile de Marc : à une occasion, alors que Jésus parlait de sa mort toute proche, « Pierre, l'ayant pris à part, se mit à le reprendre. Mais Jésus, se retournant et regardant ses disciples, réprimanda Pierre, et dit : Arrière de moi, Satan ! car tu ne conçois pas les choses de Dieu, tu n'as que des pensées humaines. » (Marc 8 : 32‑33). Jésus vit l'influence de Satan dans la réponse de Pierre. Heureusement, l’apôtre avait compris bien des choses depuis cette époque, notamment toute la tromperie à laquelle s’employait l’ennemi suprême à l’encontre des hommes.

L'ÉLECTION DIVINE 

Pierre avait également admis que Jésus était la roche fondatrice vivante de la maison que Dieu bâtit à partir d’êtres humains appelés et élus (1 Pierre 2 : 4‑5). L’apôtre avait déjà annoncé cette vérité que Dieu appelle uniquement certaines personnes dans cette vie ; en effet, le jour de Pentecôte, après la descente de l’Esprit Saint, il l'expliqua à la foule assemblée : « car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. » (Actes 2 : 39, c’est nous qui soulignons). Les gens ne peuvent venir à Dieu que s’il les a invités. C’est pourquoi Pierre poursuit ainsi sa lettre à l’Église : « Vous, au contraire, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 Pierre 2 : 9).

C’est sur l’évolution notable dans l’attitude de ceux qui ont été appelés que Pierre s’appuie pour leur demander de continuer à vivre des existences très différentes dans l’attente du retour annoncé de Christ. Alors, autrui reconnaîtra leurs bonnes œuvres et honorera Dieu (versets 11‑12).

« Ayez au milieu des païens une bonne conduite, afin que, là même où ils vous calomnient comme si vous étiez des malfaiteurs, ils remarquent vos bonnes œuvres, et glorifient Dieu, au jour où il les visitera. » 

1 Pierre 2 : 12

Cette façon de s’exprimer indique la précision avec laquelle Pierre connaît l’enseignement de Jésus. En effet, on trouve une réflexion similaire dans l’Évangile de Matthieu, qui rapporte les propos suivants de Jésus : « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 5 : 16).

En réalité, Pierre a toujours parlé de l’identité de Jésus depuis qu’il a réalisé à qui il avait affaire. Ainsi, Jésus avait demandé aux disciples : « Que suis-je aux dires des hommes ? Ils répondirent : Jean-Baptiste ; les autres, Élie ; les autres, l'un des prophètes. Et vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? Pierre lui répondit : Tu es le Christ. » (Marc 8 : 27‑29).

Dieu avait envoyé son fils afin de montrer la voie pour sortir du péché et afin de souligner le dilemme lié à la faiblesse morale de l’homme. La compréhension de ce fait conduisit Pierre à écrire dans sa première lettre un long passage concernant un problème courant et un manquement courant.

Le problème courant tient au mauvais traitement que l’humanité impose autour de nous. Le manquement courant tient à la réticence à se soumettre à Dieu dans de telles circonstances. Pierre cite plusieurs situations dans lesquelles la chose à faire consiste à se soumettre et à laisser le temps passer, démontrant ainsi la conviction que Dieu résoudra tout au moment voulu.

DES LEÇONS DE SOUMISSION 

Le premier exemple que donne Pierre concerne la soumission nécessaire de chacun à une autorité humaine. Dans le contexte du premier siècle, il écrit : « Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes, soit au roi comme souverain, soit aux gouverneurs comme envoyés par lui pour punir les malfaiteurs et pour approuver les gens de bien. Car c'est la volonté de Dieu qu'en pratiquant le bien vous réduisiez au silence les hommes ignorants et insensés, étant libres, sans faire de la liberté un voile qui couvre la méchanceté, mais agissant comme des serviteurs de Dieu. Honorez tout le monde ; aimez les frères ; craignez Dieu ; honorez le roi. » (1 Pierre 2 : 13‑17).

Évidemment, ce conseil va à l’encontre du fonctionnement universel. La fidélité à une puissance supérieure dont les méthodes ne sont pas les nôtres exige de changer d’approche. Peu après que lui et les autres disciples aient reçu l’Esprit Saint le jour de Pentecôte, Pierre avait montré comment cela était possible. Les chefs religieux juifs avaient tenté de l’empêcher de prêcher au sujet de Jésus. En réaction, Pierre et les autres apôtres avaient exprimé la conviction « qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5 : 28‑29).

Dans sa lettre, Pierre s’adresse ensuite aux serviteurs (asservis, à l’époque romaine). Que devait faire un partisan de Jésus dans le cas complexe où il servait un maître non converti ? De nos jours, nous pourrions repenser la question en termes d’employé au lieu de « serviteur » ou « esclave » : quels rapports un converti devrait-il avoir avec un patron non converti ? Pierre donne comme instruction : « Serviteurs, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais aussi à ceux qui sont d’un caractère difficile. » (1 Pierre 2 : 18).

L’idée de continuer à travailler pour quelqu’un d’injuste n’est pas bien vue dans le monde actuel. Cependant, Pierre ne dit pas qu’en aucune circonstance, un serviteur ne doit chercher à quitter un tel emploi. Ce qu’il explique, c’est que les adeptes de Jésus doivent tenter de faire de leur mieux pour servir correctement, et ce en dépit de l’opposition de leur employeur. Après tout, Jésus a énormément souffert en agissant bien, et il est l’exemple à suivre par tout disciple (verset 21).

Pierre mentionne les souffrances physiques de Christ comme exemple suprême de ce qu’on doit éventuellement supporter afin de prouver son engagement à agir de la bonne façon. Dans un sens, les disciples de Jésus ont été appelés pour endurer la souffrance, si cela est nécessaire pour suivre la voie divine. Certains se demanderont combien il leur faudra tolérer. Il y a des limites, bien sûr. Toutefois, il s’écoulera normalement une période éprouvante, en attendant l’intervention de Dieu.

ÉPOUSES ET ÉPOUX 

Le troisième sujet de discussion est le rôle de l’épouse dont le mari n’est pas partisan de Jésus. Dans un passage d’une résonnance étrangement archaïque au XXIe siècle, il écrit : « Femmes, que chacune soit de même soumise à son mari » (1 Pierre 3 : 1). Dans cette longue partie à propos de la soumission, Pierre aborde en fait les relations sociales dans le monde antique : individus et gouvernement, serviteurs et maîtres, puis maris et femmes. Il enseigne que l’épouse doit se soumettre à son conjoint, celui-ci étant le chef de famille. Il ne s’agit pas de soumission à des hommes autocratiques et brutaux, mais plutôt de soumission visant l’harmonie familiale.

Peut-être la bonté de l’épouse pieuse convaincra-t-elle finalement son mari que le respect de la voie de Dieu est avantageux. L’instruction de Pierre couvre également les manières appropriées de s’habiller et de se parer pour ces femmes (versets 3‑4).

Ne pas se conformer au monde environnant signifie ne pas suivre chaque manie ou mode, sans pour autant paraître inadaptée. La solution est un juste milieu équilibré. Pierre souligne également que les femmes doivent privilégier leur personnalité intérieure et développer « la pureté incorruptible d’un esprit doux et paisible » (verset 4) plutôt que la beauté extérieure.

Dans son instruction aux maris croyants, Pierre utilise l’expression à votre tour. Celle-ci peut facilement être passée sous silence. Or, Pierre entend par là « de la même manière que les épouses », en ce qui concerne la soumission. Les époux doivent vivre avec leur femme en bonne entente en s’interrogeant : Comment fonctionne une femme ? Quels sont ses besoins ? De quelle façon diffèrent-ils de ceux de l’homme ? S’il veut réussir en tant qu’époux, il lui faut quitter sa zone de confort et se soumettre aux besoins de sa conjointe, reconnaissant ainsi qu’il existe une manière tout aussi valable de considérer les situations qui, peut-être, échappe à un homme : « Maris, montrez à votre tour de la sagesse dans vos rapports avec votre femme, comme avec un sexe plus faible [littéralement, un vase plus fragile] ; honorez-la, comme devant aussi hériter avec vous de la grâce de la vie. Qu’il en soit ainsi, afin que rien ne vienne faire obstacle à vos prières. » (verset 7).

LE RESPECT MUTUEL 

Le cinquième exemple que cite Pierre concerne tout le monde, cette fois encore. Néanmoins le cadre n’est pas celui d’une soumission envers un gouvernement, mais les uns envers les autres : « Enfin, soyez tous animés des mêmes pensées et des mêmes sentiments, pleins d’amour fraternel, de compassion, d’humilité. » (verset 8). Il rappelle à ses destinataires que se venger, ou rendre un mal pour un mal, ne relève pas de la voie divine. Il vaut mieux bénir qu’injurier, afin de ne pas faire preuve de duplicité et de rechercher la paix avec autrui. En faisant ainsi, nous aurons l’assurance que Dieu sera disposé à nous voir et à nous entendre (versets 9‑12).

Une nouvelle fois, c’est un Pierre très différent de celui qui se demandait, lorsqu’il était plus jeune, ce qu’il tirerait de sa dévotion à la cause de Jésus : « Voici, nous avons tout quitté, et nous t’avons suivi ; qu’en sera-t-il de nous ? » (Matthieu 19 : 27). Ou bien, autrefois, le Pierre qui se lançait dans un vif débat pour savoir lequel des disciples serait le plus grand (Marc 9 : 33‑34).

L’apôtre avait appris qu’il existe une façon de faire face à de nombreuses situations de la vie grâce à la soumission. Elle est sans dommage tout en apportant uniquement de bons résultats, même lorsque nous souffrons en faisant ce qui est bien (1 Pierre 3 : 13‑14). On trouve ici un autre écho de l’enseignement de Jésus. Pierre avait entendu ce dernier annoncer : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux ! » (Matthieu 5 : 10).

Il poursuit sa lettre en rappelant que les adeptes de Jésus ne doivent pas craindre l’opposition. Au contraire, il donne comme instruction : « étant toujours prêts à vous défendre avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous, et ayant une bonne conscience, afin que, là même où ils vous calomnient comme si vous étiez des malfaiteurs, ceux qui décrient votre bonne conduite en Christ soient couverts de confusion. Car il vaut mieux souffrir, si telle est la volonté de Dieu, en faisant le bien qu'en faisant le mal. » (1 Pierre 3 : 15‑17).

Les véritables adeptes de Jésus doivent être prêts à lutter avec patience parfois. Cela peut signifier de ne pas être en accord avec le monde environnant et sa quête de conformité. Par le passé, les lecteurs de Pierre avaient connu un autre mode de vie, « en marchant dans le dérèglement, les convoitises, l'ivrognerie, les orgies, et les idolâtries criminelles ». Maintenant qu’ils n’y avaient plus part, leurs anciens amis se montraient surpris, puis irrités (1 Pierre 4 : 3‑4).

Cependant, le peuple de Dieu doit se comporter différemment de ses voisins, notamment en fonction de sa situation dans le temps : « La fin de toutes choses est proche. Soyez donc sages et sobres, pour vaquer à la prière. » (verset 7). Cela ne veut pas dire qu’il sera toujours facile de vivre en disciple de Jésus. Pierre prévient qu’ils doivent s’attendre à des moments où leur foi sera mise à l’épreuve : « ne trouvez pas étrange d’être dans la fournaise de l’épreuve, comme s’il vous arrivait quelque chose d’extraordinaire » (verset 12). En souffrant en tant que partisans de Christ, ils devaient plutôt se réjouir de partager les propres souffrances de Christ et d’en être bienheureux (versets 13‑19).

PIERRE LE BERGER 

Pierre revient sur l’une des dernières conversations qu’il ait eue avec Jésus. Ce dernier lui avait dit alors : « Pais mes brebis » (Jean 21). Ce qui voulait dire en fait : « Prends soin de mes disciples. » En conclusion à sa lettre, l'apôtre explique la réalisation de cet ordre par des ministres parfaitement attentionnés : « Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec dévouement ; non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau. Et lorsque le souverain berger paraîtra, vous obtiendrez la couronne incorruptible de la gloire. » (1 Pierre 5 : 2‑4).

« Et tous, dans vos rapports mutuels, revêtez-vous d’humilité ; car Dieu résiste aux orgueilleux, Mais il fait grâce aux humbles. » 

1 Pierre 5 : 5

Reprenant les valeurs essentielles d’humilité et de soumission réciproque comme clés d’une existence appropriée aux yeux de Dieu, il annonce à ceux qui ont la charge du ministère : « De même, vous qui êtes jeunes, soyez soumis aux anciens. Et tous, dans vos rapports mutuels, revêtez-vous d'humilité ; car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu'il vous élève au temps convenable ; et déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car lui-même prend soin de vous. » (versets 5‑7).

Il ne faut pas oublier que Pierre fut aussi celui qui tomba quelquefois dans les pièges tendus par Satan. Désormais, il comprend toute l’importance de lui résister. Nous savons que Jésus reprocha à l’apôtre d’avoir laissé le diable influencer ses pensées : « Arrière de moi, Satan ! tu m’es en scandale ; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes. » (Matthieu 16 : 23). Il avait aussi averti Pierre que le démon agissait contre lui : « Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. » (Luc 22 : 31).

Maintenant que la fin de sa vie approchait, Pierre était en mesure de déclarer : « Soyez sobres, veillez. Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera. Résistez-lui avec une foi ferme […] » (1 Pierre 5 : 8‑9).

« Soyez sobres, veillez. Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera. Résistez-lui avec une foi  ferme […]. »

1 Pierre 5 : 8-9

Pierre avait énormément progressé dans son cheminement spirituel personnel. Ce magnifique produit d’un esprit abouti reconnaît non seulement la souffrance liée au respect de la voie de Christ et de la soumission à la volonté de Dieu, mais aussi la foi en l’aboutissement positif d’une existence guidée par la main de Dieu : « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. À lui soit la puissance aux siècles des siècles ! Amen ! » (versets 10‑11).

La prochaine fois, nous conclurons avec Pierre le voyage de toute une vie.