Quel genre de personne devrait-on être ?

Sa mort approchant, l’apôtre Pierre décide d’adresser une seconde lettre à l’Église primitive. Il l’invite à se souvenir de son exemple et à se méfier du grave impact des faux docteurs de la loi.

Au moment où l’apôtre Pierre débute sa seconde (et, pour nous, dernière) épître, il approche de la fin de sa vie mouvementée de disciple de Jésus.

Ce qui, pour lui, importait le plus à ce stade était de motiver ses correspondants en leur permettant de se rappeler le mode de vie qu’il avait choisi : « Et je regarde comme un devoir, aussi longtemps que je suis dans cette tente, de vous tenir en éveil par des avertissements, car je sais que je la quitterai subitement, ainsi que notre Seigneur Jésus-Christ me l’a fait connaître. Mais j’aurai soin qu’après mon départ vous puissiez toujours vous souvenir de ces choses. » (2 Pierre 2 : 13‑15, Nouvelle édition de Genève 1979 pour cet article).

Cet aspect était particulièrement important, car un problème s’imposait peu à peu : en se déplaçant dans une grande partie du monde romain, des prêcheurs délivraient de faux enseignements au sujet de Jésus (voir L’épître de Jude).

RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES 

La lettre commence par une salutation, « Simon Pierre, serviteur et apôtre de Jésus-Christ » (verset 1a). Même si Pierre se présente comme un apôtre, il est d’abord un homme asservi. Le mot grec doulos signifie serviteur, mais aussi esclave. Ce terme se réfère à une personne qui est entièrement livrée à l’autorité de quelqu’un d’autre. Pierre est donc sous l’autorité de Christ tel un esclave ; de plus, en tant qu’apôtre (en grec, apostolos, « l’envoyé »), il déteint un mandat de Christ dont il est l’envoyé.

Pierre poursuit en reconnaissant écrire à des gens qui sont ses égaux aux yeux de Dieu. Bien qu’étant l’un des apôtres, il n’est pas différent de ses frères et sœurs pour ce qui est de sa foi : « à ceux qui ont reçu en partage une foi du même prix que la nôtre, par la justice de notre Dieu et du Sauveur Jésus-Christ » (verset 1b). Avec les autres apôtres, Pierre a partagé le privilège d’avoir vu Jésus de ses yeux, mais ses destinataires ne doivent pas être méprisés de n’avoir pas été des témoins directs eux aussi. On trouve une réflexion similaire dans l’Évangile de Jean lorsque Jésus dit à l’apôtre Thomas, sceptique : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » (Jean 20 : 29). C’est la foi qui est fondamentale, et non la manière dont elle est née.

Pierre veut que son public reçoive la bénédiction de la paix et de la connaissance de Dieu et de Christ. Il rappelle que Dieu, par son pouvoir, a accordé non seulement « tout ce qui contribue à la vie et à la piété », mais aussi « les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption [perversion] qui existe dans le monde par la convoitise » (2 Pierre 1 : 3‑4). C’est à cause de l’implication de Dieu dans leur vie et de leur refus du comportement du monde que tous ont la possibilité de revêtir une part de la nature divine.

L’appel de Dieu justifie que Pierre mentionne ensuite la nécessité d’un enrichissement constant de plusieurs traits personnels. Il s’exprime ainsi : « faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la connaissance, à la connaissance la maîtrise de soi, à la maîtrise de soi la patience, à la patience la piété, à la piété l’amitié fraternelle, à l'amitié fraternelle l’amour. » (versets 5‑7). Si les membres de l’Église veulent agir ainsi, ils réussiront à produire dans leur vie des fruits spirituels vertueux, évitant l’aveuglement de l’esprit qui peut naître de l’absence de toute amélioration permanente. Ils atteindront ensuite l’objectif d’entrer dans le monde divin à venir (versets 8‑11).

LE ROYAUME À VENIR 

Pierre est en train de réaffirmer ce en quoi il croyait et ce qu’il enseignait depuis longtemps : il y aura un royaume de Dieu sur terre. Il fonde sa conviction en partie sur le fait qu’il a vu Jésus ressuscité. Mais ce n’est pas tout. Il aborde ensuite une expérience extraordinaire qu’il n’aurait jamais pu oublier. Elle lui a donné un aperçu de l’avenir que Dieu a préparé. Non seulement il a connu l’effet d’une résurrection dans le cas de Jésus, mais il a entrevu des aspects du royaume à venir et a entendu la voix de Dieu qui en attestait. Il explique qu’ayant vécu cette expérience, son témoignage est authentique. Il l’a vu lui-même, et on peut se fier à sa parole. Ses condisciples et lui ne se sont pas ralliés à des spéculations ou à des idées sans substance – un peu comme à notre époque, quand les gens parlent de « spiritualité » même si celle-ci est floue et dépourvue de base solide. Pierre rappelle à ses lecteurs que la connaissance qu’ils partagent s’appuie sur une réalité fiable : « Ce n'est pas, en effet, en suivant des fables habilement conçues, que nous vous avons fait connaître la puissance et l'avènement de notre Seigneur Jésus Christ, mais c'est comme ayant vu sa majesté de nos propres yeux. Car il a reçu de Dieu le Père honneur et gloire, quand la gloire magnifique lui fit entendre une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. Et nous avons entendu cette voix venant du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la sainte montagne. » (versets 16‑18).

« Aucune prophétie de l’Écriture ne peut être un objet d’interprétation particulière, car ce n’est pas par une volonté d’homme qu’une prophétie a jamais été apportée, mais c’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu. »

2 Pierre 1 : 20-21

Évidemment, Pierre fait ici référence à l’expérience bien antérieure de la transfiguration, lorsque deux autres disciples et lui avaient eu une vision de Jésus au royaume de Dieu (voir Matthieu 16 : 24-17 : 9). Celle-ci attestait que Jésus était le Messie, l’oint qui était attendu. Plus tard, Pierre se rappellerait cet événement et commencerait à en comprendre la signification plus profonde. Pour lui, cette vision ajoutait à la démonstration que les prophéties sur la venue du Messie avaient été accomplies en Jésus. Pierre l’indique dans sa dernière lettre : « Et nous tenons pour d'autant plus certaine la parole prophétique, à laquelle vous faites bien de prêter attention, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour vienne à paraître et que l'étoile du matin se lève dans vos cœurs ; sachez tout d'abord vous-mêmes qu'aucune prophétie de l'Écriture ne peut être un objet d'interprétation [ou d’origine] particulière, car ce n'est pas par une volonté d'homme qu'une prophétie a jamais été apportée, mais c'est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu. » (2 Pierre 1 : 19‑21).

Les remarques de Pierre sont importantes. En effet, les prophéties concernant la première venue de Christ ont été accomplies, et Pierre en est témoin. Il l’a enseigné il y a longtemps dans le cadre de son ministère. Et aussi sûrement qu’elles ont été réalisées à propos du premier avènement, d’autres à propos du second se produiront (voir Actes 3 : 18‑21). Pour le moment, elles sont comme une lumière allumée dans un espace sombre pour ceux qui comprennent. Au fur et à mesure que le retour de Christ approchera, elles brilleront davantage (devenant plus claires ou plus compréhensibles), jusqu’à ce que cette lumière grandissante se termine par son second avènement (voir Matthieu 24 : 30).

Ce passage contient un autre point important : le simple fait logique que les annonces prophétiques de Dieu ne sont pas issues de l’esprit humain. Ce que Pierre écrit ici n’est pas un avis sur l’interprétation, mais sur l’origine, des prophéties. La source de celles qui parlent de Christ est Dieu. Des hommes, inspirés par l’Esprit Saint (l’Esprit de Dieu), les ont couchées sur le papier, mais elles ne sont pas d’origine humaine. Autrement dit, on peut s’y fier sans réserve, contrairement aux prophéties des hommes.

MÉFIEZ-VOUS DES FAUX DOCTEURS DE LA LOI 

Ayant peut-être à l’esprit cette différence entre l’annonce divine et la prédiction humaine, Pierre avertit ensuite des dangers d’écouter les faux prêcheurs qui se présentent inévitablement de temps à autre. Ceux-ci exploitent les faiblesses, les doutes et les craintes des personnes. Il en a toujours été ainsi, et Pierre rappelle à ses lecteurs que les enfants d’Israël ont connu les mêmes difficultés. Ces gens « introduiront sournoisement des sectes pernicieuses, et […] reniant le maître qui les a rachetés, attireront sur eux une ruine soudaine ». À cause de « leurs dérèglements », « la voie de la vérité sera calomniée » (2 Pierre 2 : 1‑2).

« Il y a eu parmi le peuple de faux prophètes, et il y aura de même parmi vous de faux docteurs […] Par cupidité, ils vous exploiteront au moyen de paroles trompeuses. » 

2 Pierre 2 : 1, 3

La « voie de la vérité » est le mode de vie de Dieu. Pierre décrit la tournure d’esprit et le destin de ceux qui décident de se détourner de cette voie et assure que Dieu traitera ceux-là comme il l’a fait dans le passé. En effet, il y a déjà eu les anges qui ont péché, la population qui a précédé le Déluge à l’époque de Noé, ainsi que les habitants de Sodome et Gomorrhe – devant servir d’exemples à ceux qui vivraient de manière impie (versets 4‑7).

Manifestement, Pierre en avait eu assez des personnes qui s’étaient fourvoyées. Il faut souligner la rapidité avec laquelle l’esprit devient irrespectueux de l’autorité que Dieu a donnée à ses serviteurs (verset 10), une fois qu’on s’est détourné en faveur de l’autorité qu’on se donne soi-même. Dès que l’esprit vient s’opposer aux serviteurs de Dieu, la perversion s’installe.

Ce que Pierre se doit de dire ensuite à propos des faux docteurs de la loi est intolérable dans notre monde qui s’attache énormément au politiquement correct. L’apôtre ne s’abstient de rien : « Mais eux, semblables à des brutes qui s'abandonnent à leurs penchants naturels et qui sont nées pour êtres prises et détruites, ils parlent d'une manière injurieuse de ce qu'ils ignorent, et ils périront par leur propre corruption […] [H]ommes tarés et souillés, ils se délectent dans leurs tromperies, en faisant bonne chère avec vous. Ils ont les yeux pleins d'adultère et insatiables de péché ; ils amorcent les âmes mal affermies ; ils ont le cœur exercé à la cupidité ; ce sont des enfants de malédiction. Après avoir quitté le droit chemin, ils se sont égarés […] Ces gens-là sont des fontaines sans eau, des nuées que chasse un tourbillon : l'obscurité des ténèbres leur est réservée. » (versets 12‑15, 17).

La manière dont les faux docteurs se livrent à leur activité trompeuse est exposée. Il faut en avoir conscience : « Avec des discours enflés de vanité, ils amorcent par les convoitises de la chair, par les dérèglements, ceux qui viennent à peine d'échapper aux hommes qui vivent dans l'égarement ; ils leur promettent la liberté, quand ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption, car chacun est esclave de ce qui a triomphé de lui. » (versets 18‑19).

C’est avec une image forte que Pierre conclut à propos de ceux qui ont connu la lumière avant de prêter attention aux faux prêcheurs : « Car mieux valait pour eux n'avoir pas connu la voie de la justice, que de l'avoir connue et de se détourner du saint commandement qui leur avait été donné. Il leur est arrivé ce que dit un proverbe vrai : Le chien est retourné à ce qu'il avait vomi, et la truie lavée s'est vautrée dans le bourbier. » (versets 21‑22).

DANS LES DERNIERS JOURS 

Au chapitre 3, Pierre revient sur la finalité des deux lettres : « Voici déjà, bien-aimés, la seconde lettre que je vous écris. Dans l'une et dans l'autre, je cherche à éveiller par des avertissements votre saine intelligence, afin que vous vous souveniez des choses annoncées d'avance par les saints prophètes, et du commandement du Seigneur et Sauveur, enseigné par vos apôtres. » Il rappelle à ses lecteurs qu’ils ont été appelés, même si le monde environnant est opposé à la voie de Dieu et refuse d’admettre le retour de Christ : « dans les derniers jours, il viendra des moqueurs avec leurs railleries, et marchant selon leurs propres convoitises. Ils disent : Où est la promesse de son avènement ? Car, depuis que les pères sont morts, tout demeure comme dès le commencement de la création. » (versets 1‑4).

Ce sont des remarques bien connues dans le monde anglophone actuel, lequel est en butte à une vive attaque de la part des milieux cultivés athées. Cependant, comme Pierre l’exprime à son époque : « Ils veulent ignorer, en effet, que des cieux existèrent autrefois par la parole de Dieu, ainsi qu’une terre tirée de l’eau et formée au moyen de l’eau, et que par ces choses le monde d’alors périt, submergé par l’eau ; mais, par la même parole, les cieux et la terre d’à présent sont gardés et réservés par le feu, pour le jour du jugement et de la ruine des hommes impies. » (versets 5‑7).

Pierre redit ensuite à son lectorat qu’il est insensé de penser que, puisqu’il ne s’est rien produit d’approchant pendant des milliers d’années, il n’arrivera rien : « Mais il est une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas ignorer, c’est que, devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour. » (verset 8). Le délai tient à sa patience à notre égard et à son désir que tous finiront par accepter pleinement sa voie dans un esprit de repentir. Dieu tiendra sa parole : « Le Seigneur ne tarde pas dans l’accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient ; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance. » (verset 9).

Amener les hommes à voir la nécessité de se repentir, puis à le faire et à vivre de la manière appropriée, est très difficile. La chose la plus compliquée à faire pour un être humain est d’admettre qu’il a tort. Vient ensuite la difficulté de changer et d’adopter la bonne manière de faire.

À ce propos, Pierre aborde le jour de l’intervention divine qui reste à venir. C’est quelque chose dont l’Église primitive était fermement convaincue. On en retrouve des mentions dans les Évangiles, les épîtres de Paul et les textes des autres apôtres. L’événement surprendra la plupart des hommes : « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; en ce jour, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée. » (verset 10).

L’une des questions importantes pour l’Église découle de sa connaissance que Dieu viendra juger les voies des hommes. Elle porte sur le genre de progrès spirituel que le peuple de Dieu devrait faire. Pierre transmet un savoir qui devrait être décisif dans la façon de vivre des hommes : « Puisque tout cela est en voie de dissolution, combien votre conduite et votre piété doivent être saintes. Attendez et hâtez l’avènement du jour de Dieu, jour à cause duquel les cieux enflammés se dissoudront et les éléments embrasés se fondront ! Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera. » (versets 11‑13).

LES MOTS DE LA FIN 

Les remarques de conclusion de Pierre sont les dernières dont l’Église dispose de la part de ce chef des premiers temps, de celui qui avait été aux côtés de Christ et avait assisté à tant de choses, qui avait tant lutté et tant réalisé sur le plan personnel et collectif. Elles concernent la persévérance à se tenir aux valeurs de Dieu et à grandir dans tout ce que Jésus-Christ a représenté : « C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses [de nouveaux cieux et une nouvelle terre], appliquez-vous à être trouvés par lui sans tache et irréprochables dans la paix. Croyez que la patience de notre Seigneur est votre salut […] [Vous] qui êtes avertis, tenez-vous sur vos gardes, de peur qu’entraînés par l’égarement des impies, vous ne veniez à déchoir de votre fermeté. Mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. À lui soit la gloire, maintenant et pour l’éternité ! Amen ! » (versets 14‑15, 17‑18).

« Tenez-vous sur vos gardes, de peur qu’entraînés par l’égarement des impies, vous ne veniez à déchoir de votre fermeté. »

2 Pierre 3 : 17

La prochaine fois, nous aborderons la vie et les textes de l’homme qui fut sans doute le dernier survivant des douze premiers compagnons de Jésus, l’apôtre Jean.