Jean : La fin et le commencement

La vie de l’apôtre Jean était presque à son terme lorsqu’il rédigea le livre de l’Apocalypse. Ce texte date d’environ 95 apr. J.‑C., et sans doute Jean était-il revenu à Éphèse après son exil sur l’île voisine de Patmos. Dans les deux épisodes précédents de cette série, nous avons étudié les premiers messages destinés aux sept Églises. Avant d’aborder le reste du livre, et la puissance des images et des symboles apocalyptiques qu’il recèle, revenons sur l’auditoire de Jean, sur son savoir et son expérience.

LE CONTEXTE DU LIVRE DE L’APOCALYPSE 

Après le départ de Jésus, la communauté de ses partisans perpétua les croyances et pratiques du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, tout en s’appuyant sur l’intelligence que venait de lui conférer l’Esprit Saint. Les fidèles savaient que les Écritures hébraïques étaient un tout cohérent. C’est pourquoi lorsque les sept Églises, puis l’Église au sens large, ont lu les textes de Jean, elles ont su relier plusieurs passages à l’ensemble scriptural, ainsi qu’aux enseignements oraux et écrits plus récents qu’elles avaient reçus. Pour les croyants, les Écritures hébraïques et les textes inspirés qui suivirent représentaient une pratique et une foi unifiées.

La seule façon de comprendre l’Apocalypse pour les appelés était de se fier à l’Esprit Saint et de replacer la longue lettre dans le cadre général des Écritures. Si on lit la Bible d’un point de vue holistique, l’Apocalypse est cohérente avec les autres parties. Cela signifie en particulier que, notamment, Ézéchiel, Daniel, Zacharie, Jésus, Matthieu, Marc, Luc, Jean, Paul, Jacques, Pierre et Jude, contribuent tous considérablement à la structure et à la teneur du livre de l’Apocalypse.

Par exemple, la description du trône de Dieu (Apocalypse 4) rappelle une vision similaire d’Ézéchiel (Ézéchiel 1). Dans les chapitres suivants de sa prophétie, ce dernier décrit l’instauration du royaume de Dieu sur terre. On observe ainsi des parallèles avec les derniers chapitres des Révélations de Jean.

Les quatre fameux cavaliers de l’Apocalypse (Apocalypse 6) font penser à la description que le prophète Zacharie donne de quatre chevaux semblables (Zacharie 1 et 6), et à la réponse que Jésus délivra en privé à ses disciples sur la fin du monde dans Matthieu 24. Il y fit aussi référence au livre de Daniel et à certains événements à venir au Moyen-Orient (Matthieu 24 : 15). De plus, il mentionna son propre retour en utilisant des formulations que l’on retrouve dans Apocalypse 19.

Les visions de Daniel, dans lesquelles plusieurs empires qui avaient dominé le Moyen-Orient sont représentés par la statue d’un homme et par divers animaux (voir Daniel 2, 7 et 8), sont à rapprocher des visions de Jean montrant des monstres composites dans Apocalypse 13 et 17.

L’apôtre Paul a écrit sur le second avènement de Christ dans chacune de ses lettres destinées aussi à sept Églises locales ou régionales : Thessalonique, Corinthe, Galatie, Rome, Colosses, Éphèse et Philippes. De même, dans des lettres personnelles à de petits groupes de croyants dont ils avaient la charge, Jacques, Pierre et Jude ont tous écrit sur le grand moment à venir qui éclipserait « le temps présent ». Par nature, ces messages sont destinés en priorité à une petite partie du tout. Mais pour les sept congrégations d’Asie Mineure qui vivaient à la fin du premier siècle, les Écritures offraient globalement un cadre au récit des Révélations sur les événements de la fin du monde.

Il est manifeste que bien des parties de la Bible sont liées et cohérentes les unes avec les autres. Si l’on assemble les pièces, il devient évident qu’un jour, Dieu interviendra pour résoudre les problèmes de l’humanité. À travers Jean, les fidèles de Jésus-Christ ont reçu des informations sur le plan divin qui vise à mettre fin au royaume de l’homme et à établir le royaume de Dieu. Ce qu’ils ne peuvent pas anticiper, c’est la manière précise dont chaque prophétie sera accomplie. Ils peuvent néanmoins avoir une idée de l’évolution de la société jusqu’à ce que Dieu soit obligé d’intervenir. Ils ne peuvent pas connaître le moment du retour de Christ, puisque lui-même ne le connaît pas (Matthieu 24 : 36). En revanche, ils peuvent se préparer à ce jour en se montrant vigilants sur leur niveau de spiritualité et en se tenant prêts.

LE TRÔNE DE DIEU 

Après avoir reçu les messages destinés aux sept congrégations, Jean est emmené dans une vision à travers une porte ouverte jusqu’au trône de Dieu. Cet accès privilégié va lui permettre de « voir ce qui doit arriver dans la suite » (Apocalypse 4 : 1, Nouvelle édition de Genève 1979 pour cet article). Cette partie du récit de Jean se poursuit jusqu’au chapitre 6 : 17 ; c’est la plus longue des six scènes dans la salle du trône, les autres étant relatées en 7 : 9‑17 ; 11 : 15‑19 ; 14 : 1‑5 ; 15 : 2‑8 et 19 : 1‑8. Elle constitue l’introduction à toutes les visions qui suivent dans ce livre.

Au chapitre 4, Jean voit le trône céleste du Père sur fond d’arc-en-ciel semblable à de l’émeraude, reposant sur une mer de cristal, entouré de quatre créatures angéliques ayant respectivement la figure d’un lion, d’un veau, d’un homme et d’un aigle. Il y a vingt-quatre autres êtres angéliques, appelés les « vieillards » qui vénèrent Dieu avec les quatre créatures autour du trône. Cette description du trône de Dieu est une variante très proche des visions relatées dans Ézéchiel 1 : 4‑28 et Ésaïe 6, tandis que le conseil céleste est mentionné dans 1 Rois 22 et Job 1 et 2 (pour ne citer que ces références). Jean rapporte que les vieillards sont en train d’adorer Dieu et de dire : « Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance » (Apocalypse 4 : 11). Ils répliquent de cette façon à l’adulation des empereurs romains qui, eux aussi, étaient appelés « notre Seigneur et notre Dieu ». Cependant, le Dieu de la vision de Jean est celui qui a « créé toutes choses, et c’est par [sa] volonté qu’elles existent et qu’elles ont été créées », ce que ne pouvaient revendiquer les dirigeants impériaux.

Le chapitre 5 présente ce que l’apôtre a vu et entendu ensuite : l’Agneau de Dieu (Christ) désigné comme le seul digne de rompre les sept sceaux d’un mystérieux rouleau que Dieu tient dans sa main, sous les louanges de tous les êtres célestes. Il s’ensuit l’ouverture rapide de six des sceaux (Apocalypse 6 : 1‑17), puis un passage intermédiaire (chapitre 7) avant l’ouverture du septième (Apocalypse 8 : 1). Chaque sceau représente une situation ou un événement dans le plan eschatologique de Dieu. Là encore, Jean transmet ces informations à cause de la « révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a donnée pour montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt » (Apocalypse 1 : 1).

LES SEPT SCEAUX 

Lorsque Christ ouvre les quatre premiers sceaux, quatre chevaux et leurs cavaliers (Apocalypse 6 : 2‑8) sont libérés pour parcourir la terre. Le premier est un cheval blanc. Son cavalier porte un arc et une couronne ; il part « en vainqueur et pour vaincre ». L’auditoire de Jean peut reconnaître en lui un dieu solaire du genre d’Apollon ; il symbolise la supercherie politico-religieuse, c’est l’archétype du faux messie. Ensuite vient un cheval d’un roux éclatant, chevauché pour un être qui porte une immense épée représentant la généralisation des conflits. Le cavalier va « enlever la paix de la terre » de sorte que les gens se tueront entre eux. Le troisième est un cheval noir ; l’être qui le monte tient une balance, et une voix céleste annonce l’arrivée de la pénurie et de la famine. Le quatrième cheval est de couleur pâle (grisé ou verdâtre) et signifie la peste et la maladie. La mort le chevauche, accompagnée du tombeau. Les parties apocalyptiques des Évangiles synoptiques aident à comprendre la présence de ces chevaux et de leurs cavaliers. Jésus a expliqué que plusieurs situations durables précéderaient son retour. Celles-ci comptaient notamment des imposteurs messianiques, la guerre, la famine et la peste ; consultez, par exemple Matthieu 24 : 3‑8 ; Marc 13 : 5‑8 et Luc 21 : 8‑11.

Lorsque le cinquième sceau est rompu, les martyrs de Dieu venus de tous les âges se mettent à réclamer vengeance à grands cris et à demander combien de temps encore ils vont devoir attendre. Il leur est répondu de patienter encore un peu jusqu’à ce que d’autres, qui vont être persécutés, meurent à leur tour (Apocalypse 6 : 9‑11). Le cinquième sceau correspond donc à la persécution des partisans de Christ qui est mentionnée dans Matthieu 24 : 9‑10.

Un énorme séisme accompagne l’ouverture du sixième sceau (Apocalypse 6 : 12‑14). Des perturbations apparaissent dans le ciel : la lune devient rouge comme du sang, le soleil noircit, les étoiles tombent du ciel qui, lui, se roule comme un parchemin. On retrouve ainsi les paroles de Jésus dans l’Évangile de Matthieu : « Aussitôt après ces jours de détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées » (Matthieu 24 : 29).

Avant de décrire les événements associés à la rupture du septième sceau, Jean parle de deux groupes de personnes particuliers (Apocalypse 7 : 1‑8, 9‑17). Le premier compte 144 000 membres, protégés par Dieu (marqués d’un autre sceau) contre les pires effets de l’intervention divine. Cela rappelle un passage du livre d’Ézéchiel dans lequel un ange place une marque de protection sur le front des habitants de Jérusalem inquiets du péché qui envahit la ville (Ézéchiel 9 : 4‑6). Les 144 000 sont présentés par groupe de 12 000 appartenant à douze tribus d’Israël. L’ensemble a été expliqué comme suit : 12 tribus x 12 apôtres x 1000 ; ce n’est pas un chiffre absolu, mais un symbole des élus de Dieu à travers les âges. Dans Apocalypse 14 : 1‑5, ces êtres apparaissent aux côtés de Christ sur la montagne de Sion. Il est écrit qu’« ils suivent l’Agneau partout où il va. Ils ont été rachetés d’entre les hommes, comme des prémices pour Dieu et pour l’Agneau » (verset 4). Encore une fois, nous constatons que Jean écrit pour le bien de l’Église et encourage ses membres en leur donnant une vision de leur avenir.

Le second groupe cité dans ce chapitre intermédiaire est beaucoup plus nombreux. Il est présent pendant la « grande tribulation » de la fin du monde (voir Matthieu 24 : 21). C’est le moyen qui leur permet de nouer une relation éternelle avec Dieu.

Dans le texte de Jean, la description du septième sceau occupe les chapitres 8 : 1 à 11 : 19. Cette longueur est indispensable pour restituer les sept facettes du septième sceau. Décomposée en sept événements distincts, eux-mêmes annoncés par des sonneries de trompettes angéliques, l’ouverture de ce sceau lance le compte-à-rebours du retour de Christ.

LES SEPT TROMPETTES 

Sept anges qui servent le trône de Dieu reçoivent chacun une trompette. Les quatre premières trompettes déclenchent des fléaux qui s’abattent sur la terre. Le premier, constitué de grêle, de feu et de sang, dévaste un tiers des arbres et de l’herbe qui y poussent. La deuxième catastrophe apparaît sous la forme d’une montagne embrasée qui est jetée dans la mer et frappe un tiers des océans, de leurs créatures et des bateaux qui y naviguent. Lorsque le troisième ange sonne de sa trompette, une étoile de feu tombe sur la terre, empoisonnant un tiers des rivières et des sources, ce qui tue de nombreuses personnes. Le troisième fléau frappe le soleil, la lune et les étoiles, cachant un tiers de leur luminosité. Un aigle se déploie alors dans le ciel pour avertir des trois prochaines sonneries en criant : « Malheur, malheur, malheur aux habitants de la terre, à cause des autres sons de trompette que les trois anges vont faire retentir ! » (Apocalypse 8 : 6‑13).

La sonnerie du cinquième ange (Apocalypse 9 : 1‑11) provoque la chute d’une étoile céleste et ouvre les abysses ou « le puits de l’abîme », libérant sur la terre des puissances démoniaques qui tourmentent pendant cinq mois – sans les tuer – ceux qui ne portent pas le sceau. Elles ont à leur tête Abaddon ou Apollyon (qui signifie « la destruction » ou « le destructeur »), autrement dit Satan, le diable.

Une autre catastrophe guette, avec la calamité associée à la sixième trompette. Quatre anges qui avaient été liés au fleuve Euphrate sont libérés, peut-être en référence à quatre nations de cette région. Avec l’aide d’une armée de 200 millions de cavaliers, leur mission est de détruire un tiers de l’humanité. Malgré cette extermination, « les autres hommes qui ne furent pas tués par ces fléaux ne se repentirent pas des œuvres de leurs mains, ils ne cessèrent pas d’adorer les démons, et les idoles d’or, d’argent, d’airain, de pierre et de bois, qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ni marcher ; et ils ne se repentirent pas de leurs meurtres, ni de leurs enchantements, ni de leur débauche, ni de leurs vols » (versets 20‑21).

Avant que la septième trompette ne retentisse, deux chapitres sont insérés pour expliquer que Jean est chargé de prophétiser de nouveau « sur [ou plus exactement "à l’encontre de"] beaucoup de peuples, de nations, de langues, et de rois » (Apocalypse 10 : 11), et que deux témoins humains viendront prévenir le monde de l’ultime intervention divine toute proche (Apocalypse 11 : 3‑12). De façon symbolique, le message de Jean arrive sous la forme d’un rouleau qu’il doit manger et dont le goût est doux-amer. Ézéchiel avait vécu une expérience similaire avec la parole de Dieu (voir Ézéchiel 2 : 8 – 3 : 3) : le message est sucré dans la bouche de Jean. En revanche, il est amer dans son estomac à cause des mauvaises nouvelles qu’il apporte à l’humanité.

Les deux témoins, qui prophétisent dans la ville de Jérusalem pendant trois ans et demi, transmettent aussi un avertissement qui est ignoré jusqu’à ce qu’ils soient tués à cause de leur tâche, puis ressuscités. Ce n’est qu’ensuite que certains se repentent vraiment (Apocalypse 11 : 13). En fait, ce ne sont que les préparatifs avant la troisième calamité et la sonnerie de la septième trompette qui déclenche des voix fortes venues du ciel pour annoncer : « Le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à notre Christ ; et il régnera aux siècles des siècles » (verset 15).

UNE BASE HISTORIQUE INDISPENSABLE 

À ce stade, Jean se consacre à plusieurs scènes informatives – suppléments insérés dans le cours du récit qui semblent retarder l’action mais qui, en fait, installent le dénouement de l’histoire de l’humanité. Ce que Jean est chargé d’écrire, ce n’est rien moins que d’expliquer pourquoi le monde s’est tant opposé à Dieu et à ses serviteurs, pourquoi il ne veut pas (à quelques exceptions près) se repentir de ses œuvres et pourquoi la colère de Dieu doit frapper pour qu’il puisse y avoir la paix sur terre.

Le chapitre 12 contient une histoire du peuple de Dieu, d’abord en tant qu’enfants d’Israël, plus précisément de la tribu de Juda à laquelle Christ appartenait par sa naissance, puis en tant qu’Église de la nouvelle alliance persécutée à travers les âges. La congrégation d’Israël et de l’Église est symbolisée par une femme « enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête » (Apocalypse 12 : 1) ; son fils (Christ) est tué et, jusqu’à son retour, elle doit se réfugier dans le désert, sous la protection de Dieu (verset 6).

Ce chapitre décrit aussi le combat céleste des forces divines contre Satan et ses anges. Celui-ci est vaincu et renvoyé sur terre. Contrarié de ne pas avoir réussi à détruire la femme protégée par Dieu, il part faire la guerre « au reste de sa postérité, à ceux qui gardent les commandements de Dieu et qui retiennent le témoignage de Jésus » (verset 17). Satan est dépeint comme un dragon dressé sur le rivage tandis que Jean voit une bête sortir de la mer (verset 17 ; Apocalypse 13 : 1). Les deux monstres ont manifestement un lien, ce que confirme l’apôtre : « La bête que je vis était semblable à un léopard ; ses pieds étaient comme ceux d’un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le dragon lui donna sa puissance, son trône, et une grande autorité » (Apocalypse 13 : 2).

Vient ensuite une description de l’ultime expression d’un régime politico-religieux qui, au fil du temps, a affligé l’humanité, notamment le peuple de Dieu. Le prophète Daniel avait expliqué à Nebucadnetsar (ou Nabuchodonosor), roi de Babylone, que ce régime allait perdurer sur quatre empires, à partir de son règne jusqu’à la fin de ce temps de l’humanité (voir Daniel 2 et 7). Il se trouve que Jean vivait au cours de la quatrième grande manifestation prévue : l’empire romain. Ce qu’il a vu dans sa vision de la fin de l’ère actuelle était le même régime, après de multiples transformations et renaissances de siècle en siècle. Corroborant la prophétie de Daniel sur la disparition des formes humaines de gouvernement (Daniel 7 : 13‑14 et 2 : 44‑45), Jean décrit la dernière version du système politico-religieux planétaire, ainsi que son effondrement (Apocalypse 17 et 18). La longue histoire de cet ordre mondial pourra être étudiée en détails dans un livre à paraître dans les collections « Vision », sous le titre Messies ! Gouvernants et rôle de la religion.

Un nouvel intermède dans le récit revient sur les 144 000 du chapitre 7. Après avoir été marqués pour être protégés, ils sont remontrés ici jouissant de la victoire et réunis sur la montagne de Sion aux côtés de Christ revenu sur terre (14 : 1‑5). Cette partie intercalée se poursuit avec l’apparition de trois anges, chacun étant porteur d’un message (versets 6‑11). Le premier est une proclamation de la bonne nouvelle à tous les habitants de la terre : la dernière heure est arrivée et Dieu va bientôt rendre son jugement. Le deuxième annonce que la vaste imposture des gouvernants, désormais appelée « Babylone la grande », a disparu. Le troisième est un avertissement définitif concernant la sanction imminente qu’allaient subir ceux qui étaient de connivence avec le régime. C’est pourquoi l’intermède suivant dépeint la moisson des méchants de la terre en préparation du jour de l’intervention divine.

LA SEPTIÈME TROMPETTE 

Le chapitre 15 reprend le récit avec la sonnerie de la septième trompette. Celle-ci déclenche le déversement des sept derniers fléaux contenus dans sept coupes (versets 1‑5).

« Et l’ange, que je voyais debout sur la mer et sur la terre, leva sa main droite vers le ciel, et jura […] qu’aux jours de la voix du septième ange, quand il sonnerait de la trompette, le mystère de Dieu s’accomplirait, comme il l’a annoncé à ses serviteurs les prophètes. »

Apocalypse 10 : 5-7

Une description détaillée des châtiments atroces infligés par les anges suit au chapitre 16. Ceux qui s’étaient soumis à la bête sont frappés d’« un ulcère malin et douloureux ». La coupe du deuxième ange est versée dans la mer et toutes les formes de vie y meurent. Le troisième ange venge le sang des saints en vidant sa coupe dans les eaux douces, qui deviennent alors du sang. Les habitants de la terre sont brûlés par la chaleur du soleil et maudissent Dieu à cause de ce quatrième fléau, mais ils ne veulent pas se repentir. Le cinquième ange vise le trône de la bête, le plongeant dans l’obscurité, la douleur et l’anxiété. Là non plus, les hommes ne changent pas de voie.

Dans la région de l’Euphrate, trois esprits impurs sont libérés au moment où la sixième coupe est répandue. Ce sont des êtres démoniaques qui incitent les dirigeants du monde à se réunir à Armaguédon afin de combattre Christ revenu sur terre. La septième coupe provoque un immense séisme qui secoue les villes, les montagnes et les îles du monde entier. D’énormes grêlons se mettent à tomber et les hommes maudissent Dieu à nouveau.

Au chapitre 13, Jean a mentionné les aspects religieux de l’ordre politique en parlant d’un être, à fois agneau et dragon, qui encourageait l’adoration de la bête dirigeante et le respect de ses prescriptions économiques (Apocalypse 13 : 11‑18). Ce faux prophète représente un système religieux trompeur, symbolisé par une grande prostituée au chapitre 17 intercalé dans le récit. La femme chevauche la bête politique, qui la transporte mais qu’elle guide à sa manière.

Le chapitre 18 décrit les conséquences de la chute brutale de Babylone. Le monde entier a vendu ses marchandises et dépendait d’elle, gagnant ses faveurs de manière immorale. Cependant, il faut que le peuple de Dieu s’éloigne d’elle. Ainsi, il sera sauvé au moment où Babylone s’effondrera.

Le peuple de Dieu participera ensuite aux noces de Christ avec son Église, ces derniers étant présentés comme deux jeunes mariés (Apocalypse 19 : 6‑9). L’établissement du royaume de Dieu, qui durera un premier millénaire sur terre, coïncidera avec le retour du véritable Christ chevauchant un cheval blanc (versets 11‑16).

L’archennemi de l’humanité sera alors entravé : « Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clé de l’abîme et une grande chaîne dans sa main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans […] afin qu’il ne séduise plus les nations » (Apocalypse 20 : 1‑3).

Le peuple de Dieu rejoindra ensuite Christ dans la domination de la terre. Ce n’est qu’après mille ans que tous les autres reviendront à la vie (verset 5). Au terme de ce millénaire, Satan sera libéré quelque temps. Il trompera à nouveau quelques nations, puis il connaîtra la défaite et la punition éternelle (verset 10).

Une fois Satan banni, tous ceux qui ont vécu sans connaître ni suivre la voie de Dieu bénéficieront d’un certain temps pour choisir de le faire (versets 11‑13). S’ils le font, ils recevront la vie éternelle. S’ils font le choix de ne pas prendre la voie divine, ce qui signifiera de vivre en opposition aux lois qui garantissent le bonheur, Dieu mettra fin à leur existence avec clémence. Selon le symbolisme du livre de l’Apocalypse, un étang de feu brûle tous ceux qui refusent de suivre Dieu. C’est ce qui est appelé la seconde mort dont personne ne revient.

LES NOUVEAUX CIEUX ET LA NOUVELLE TERRE 

Les deux derniers chapitres de l’Apocalypse parlent de l’époque qui suit la domination millénaire de Christ. Même si le livre a traité principalement la fin du régime conçu par l’homme, il aborde dorénavant les débuts d’un avenir sans limites. C’est l’époque où Dieu le Père viendra habiter sur la terre avec son peuple. La Nouvelle Jérusalem, symbole du trône de Dieu, descendra sur terre (Apocalypse 21 : 1‑3). Ce sera une période où les problèmes du monde présent n’auront plus jamais cours : « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus ; il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu » (verset 4).

« Il [Dieu] essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus ; il n’y aura plus ni deuil, ni douleur, car les premières choses ont disparu. » 

Apocalypse 21 : 4

Jean atteste que le peuple de Dieu sera composé de ceux qui, d’eux-mêmes, choisissent sa voie, surmontant leur nature propre et adoptant le caractère de Dieu (verset 7). En revanche, ceux qui refusent subissent une immense perte : « Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les débauchés, les magiciens, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l’étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort » (verset 8).

Pour finir, Jean voit le fleuve de l’eau de la vie qui alimente l’arbre de vie dont les feuilles apportent la guérison à tous. Il n’y aura plus ni jour ni nuit, chacun verra Dieu et vivra dans sa lumière (Apocalypse 22 : 1‑5).

LE TÉMOIGNAGE DE JEAN 

Jean termine le compte rendu de tout ce qu’il a vu et entendu par la confirmation de Christ : « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous attester ces choses dans les Églises. Je suis le rejeton et la postérité de David, l’étoile brillante du matin » (verset 16). L’apôtre rapporte aussi la triple promesse que Jésus a faite à propos de son arrivée prochaine (versets 7, 12 et 20).

La dernière note personnelle de Jean est un avertissement visant à préserver le contenu du livre, pour empêcher tout ajout ou retrait : « Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu’un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre ; et si quelqu’un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l’arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre » (versets 18‑19).

Ainsi se termine la dernière lettre du dernier apôtre de Jésus-Christ au premier siècle. Rien n’est absolument certain concernant la date ou la cause de la mort de Jean, mais selon plusieurs anciennes traditions, elle serait survenue vers la fin du premier siècle, peut-être à Éphèse.

Il reste peu de textes écrits de l’Église datant des décennies qui précèdent et suivent immédiatement la mort de Jean, comme si cette période de l’histoire de l’Église était dans un certain flou. Ce qui est évident pourtant, c’est que dans l’Église qui a reparu en se disant chrétienne, il était difficile de reconnaître l’Église que Christ avait fondée. Apparemment, malgré les avertissements lancés par chacun des apôtres du premier siècle, les gnostiques et autres faux prêcheurs ont propagé leurs idées, de sorte que les adeptes de la Voie se sont finalement trouvés marginalisés et réduits à une population relativement peu nombreuse.

LES DERNIÈRES PAROLES 

Jusque dans ses dernières lignes, le message de Jean est resté constant : tenez bon jusqu’à la fin et vivez selon le mode de vie que Jésus-Christ a enseigné et appliqué, sans perdre de vue la promesse de son retour et l’instauration d’un monde meilleur.

Comme Jean, tous les autres auteurs du Nouveau Testament dont nous avons parlé dans cette série ont clos leur propos par une note importante. Uniformément, ils font preuve d’espérance, de vocation, de résolution et du respect d’un mode de vie. On ne peut douter que ces premiers disciples étaient attachés à une foi et à des pratiques communes. Leur opinion sur la société environnante était réaliste et ils veillaient surtout à vivre en fonction de l’avenir. Les dernières réflexions rappelées ci-dessous viennent conclure avec pertinence cette étude de leur vie, tout en indiquant la voie à suivre pour ceux qui ne se contenteraient pas d’écouter et qui voudraient aussi marcher dans leurs traces.

Jacques incite ses condisciples à être « patients […] jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu’à ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière-saison. Vous aussi, soyez patients, affermissez vos cœurs, car l’avènement du Seigneur est proche » (Jacques 5 : 7‑8).

Jude oppose la voie du monde environnant au mode de vie que les croyants doivent adopter, et donne ce conseil : « Pour vous, bien-aimés, vous édifiant vous-mêmes sur votre très sainte foi, et priant par le Saint-Esprit, maintenez-vous dans l’amour de Dieu, en attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle » (Jude 20‑21).

Paul, écrivant une dernière lettre à son assistant, Timothée, rappelle la vérité intemporelle que « toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre » (2 Timothée 3 : 16‑17).

Quant à Pierre, après avoir démontré que le royaume de Dieu sera effectivement établi, il professe ainsi : « Vous donc, bien-aimés, qui êtes avertis, tenez-vous sur vos gardes, de peur qu’entraînés par l’égarement des impies, vous ne veniez à déchoir de votre fermeté. Mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de votre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. À lui soit la gloire, maintenant et pour l’éternité ! Amen ! » (2 Pierre 3 : 17‑18).