Des moments décisifs

Le 11 septembre n’aura pas besoin qu’on lui colle une année pour que nous revivions la terrible prise de conscience qu’un acte terroriste peut changer notre monde en un instant. Dans les heures qui suivirent les attaques, de nombreuses personnes dirent : « Plus rien ne sera comme avant ». Ce fut pour beaucoup un genre de moment décisif, une période charnière de l’histoire.

L’idée qu’il existe de tels moments décisifs où des changements importants et irréversibles ont lieu est une idée bien connue. L’invention de l’imprimerie et la destruction atomique d’Hiroshima et Nagasaki sont des exemples évidents d’un monde qui change de façon définitive, soit dans le bon sens, soit dans le mauvais.

Il est évident que ce qui s’est passé à New York, Washington et en Pennsylvanie a stupéfait le monde entier. Pour la plupart, l’effet fut extrêmement personnel — cela aurait pu arriver n’importe où ailleurs lors d’une matinée paisible et ensoleillée.

Noter ce qui a changé dans la face de l’histoire ce jour-là est une tâche intéressante.

Quelques jours après la catastrophe, l’auteur et lauréat Ronald Steel, écrivant dans le New York Times, fit remarquer que ce qui avait changé le plus, c’était la perception que l’Amérique était invulnérable sur ses propres côtes. D’après lui, ce mythe a été brisé pour de bon.

D’autres ont affirmé que les États-Unis avaient reçu et répondu à un « avertissement » — que la nation avait été appelée à agir et qu’elle avait répondu avec dévouement, courage, unité, compassion et l’introspection appropriée. La nation n’avait pas été galvanisée de la sorte depuis un autre jour d’infamie il y a 60 ans à Pearl Harbor. Il est certain que ces nobles qualités humaines ont été mises en évidence lors de cette énorme tragédie. Et pas qu’aux États-Unis. De par le monde, les nations ont exprimé leur horreur, leur sympathie et leur solidarité contre les forces du mal.

Pourtant, le monde lui-même, avec son système global de communications, d’interdépendance, de complexité et de pluralité, est un monde bien différent de celui de décembre 1941.

Sir John Keegan, célèbre historien militaire, a déclaré dans le Telegraph londonien que les nouvelles armes sophistiquées des forces de coalition leur ont donné une forte supériorité sur l’ennemi. L’éditorial de ce journal faisait remarquer que : « Dans les trois mois qui suivirent les détournements d’avions suicidaires du 11 septembre, les États-Unis ont forcé un régime à l’autre bout du monde à capituler. George Bush a montré qu’il peut frapper quand il le veut ceux qui soutiennent le terrorisme. » En d’autres termes, une des choses qui ont changé est que les terroristes ne peuvent pas se permettre de faire le mal, même s’ils se cachent de l’autre côté du globe.

Certains pensent aussi qu’un autre moment décisif après les attaques terroristes a correspondu à un renouveau de l’intérêt et de l’engagement pour la religion. Il est vrai que l’an dernier, la vente des Bibles a augmenté de 40 % aux États-Unis — principalement depuis le 11 septembre. La fréquentation des églises a aussi augmenté car les gens essayaient d’accepter cette destruction incompréhensible. Pourtant, une étude a révélé qu’en général, les nouvelles personnes furent déçues de cette expérience car elles trouvèrent peu de réponses dans les églises traditionnelles. Par conséquent, la fréquentation baissa rapidement à nouveau. Qui va à présent expliquer le contenu de toutes ces Bibles nouvellement achetées ?

Le moment décisif le plus important pour n’importe quel être humain est le moment où nous reconnaissons que nous n’avons pas les réponses aux questions les plus profondes de la vie. La tragédie contribue à nous ramener nez à nez avec nous-mêmes. Dans ces moments-là, c’est une grande déception de voir que les soi-disant leaders spirituels ont peu d’aide à proposer.

Pour ceux qui se demandent pourquoi le mal existe dans le monde et où est Dieu dans ces moments sinistres, ces réponses sont disponibles. Chaque numéro de Vision essaie de les faire connaître. Ce numéro ne fait pas exception.