Récupérer le caractère

« Le caractère est mort. Les tentatives visant à le ranimer ne donneront rien. Son heure est passée. » Tels sont les mots de Davison Hunter dans son livre, paru en 2000, et traitant de la difficulté à fournir une éducation morale lorsque le bien et le mal ne sont pas correctement définis. Par caractère, il voulait parler de l’excellence morale et de l’intégrité dont parlent les dictionnaires lorsqu’ils définissent ce terme. Évidemment, nous avons eu la preuve que Hunter a raison durant les six dernières années de guerres, de crimes et de corruption au niveau mondial. Il est devenu de plus en plus difficile de maintenir des standards personnels de moralité et de caractère, et d’enseigner à nos enfants pourquoi la moralité est importante.

L’histoire du mot caractère est instructive. À l’origine, il signifiait « une marque distinctive », « une caractéristique ou un trait », portant l’idée de « marquer » ou de « graver ». Ces significations proviennent du latin et encore plus tôt, du mot grec kharakter (un outil servant à estamper). Aujourd’hui, le sens général est une empreinte profonde, un trait ou un signe distinctif d’excellence morale.

Comme Hunter et ses collègues l’ont fait remarquer ailleurs, la mort contemporaine du caractère est en partie le résultat de la sécularisation de la société – un processus qui a lieu en Europe et en Amérique depuis le 18ème siècle.

La sécularisation peut être définie de trois façons. Elle signifie le déclin au fil du temps des croyances et pratiques religieuses dans les cultures, dont beaucoup supposent que c’est un développement naturel humain. Elle se réfère également au fait que la religion devient au fil du temps de plus en plus privée, quelque chose dont nous n’avons pas besoin de parler en public. C’est particulièrement le cas en Europe. L’Amérique peut s’attendre à la même privatisation, en dépit du fait que beaucoup de personnes s’identifient aux idées protestantes. Et troisièmement, la sécularisation signale le déclin du rôle de la religion dans la société et la prédominance d’autres éléments tels que le gouvernement, la science, l’économie etc., qui fonctionnent en général en dehors des principes et contrôles religieux.

Hunter a aussi visé l’approche psychologique du caractère, qui d’après lui « ne laisse aucune raison à la philosophie, à l’éthique ou à la religion pour qu’elles modèlent une compréhension morale ou le caractère lui-même. »

En partie en réponse à ce genre de plainte, un nouvel élan a est né au sein de la psychologie. Sensée être, d’après ceux qui l’ont lancée, la nouvelle vague de la discipline, comme le fut le behaviorisme dans les années 50, la « psychologie positive » cherche à établir les traits de caractère de la vie humaine vécue à son plein potentiel. Croyant que « le bon caractère peut être cultivé », un groupe important de praticiens se sont jusque-là mis d’accord sur six vertus fondamentales – la sagesse, le courage, l’humanité, la justice, la tempérance et la transcendance – autour desquelles 24 forces de caractère s’articulent (cf. Christopher Peterson and Martin E.P. Seligman, Character Strengths and Virtues, 2004).

À moins de faire erreur, ces praticiens ne vont pas fournir ce qui est nécessaire aux yeux de Hunter. Ce dernier déclare : « Avoir un renouvellement de caractère consiste à avoir un renouvellement d’un ordre confessionnel qui contraint, limite, oblige et force. » Avant de poursuivre : « Ce prix est trop élevé pour nous. » Les psychologues positifs préfèrent « minimiser l’importance des prescriptions menant à une bonne vie (les lois morales) et mettre plutôt l’accent sur le pourquoi et le comment du bon caractère. »

C’est un dilemme intéressant mais inutile d’un point de vue biblique. Les Écritures montrent non seulement que le caractère est lié aux épreuves personnelles et à l’approbation venant de Dieu (le pourquoi et le comment), mais également que la grande majorité des caractéristiques que recherchent les psychologues positifs et que Hunter considère essentielles (forces et vertus) sont le résultat de l’esprit de Dieu oeuvrant dans des personnes qui ont volontairement cédé : « Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi » (Galates 5 : 22).