L’Esprit de Dieu

Dans sa quête d’une théorie du tout, la science espère unifier ses multiples ramifications en expliquant, une fois pour toutes, les mystères de l’existence humaine et de l’existence cosmologique. La seule possibilité qu’elle ignore est, bien sûr, que Dieu détient la clé de cette explication suprême.

Pouvoir décoder une théorie dite « du tout » a toujours été le rêve de la science. Tout savoir, comme certains l’ont dit par euphémisme, consisterait à « connaître la pensée de Dieu ».

Le grand mystère de la biologie porte sur l’origine de la vie à partir d’éléments chimiques non vivants, et sur la façon dont les éléments vivants se sont ensuite répandus dans chaque coin et recoin de la planète. Pour résoudre l’énigme et établir leur théorie du tout, les biologistes se tournent vers la sélection naturelle, axiome selon lequel la concurrence, dans un environnement donné, entre diverses possibilités ou structures chimiques et physiques se traduit par une adaptation et une spéciation. L’arbre de vie évolutionniste et son développement permanent – chaque bourgeon terminal représentant une espèce différente et chaque ramification un ancêtre commun – est l’icône de cette théorie de l’Histoire de la vie.

Simplification de l’univers primitif 

Pour un physicien, une théorie du tout se doit d’être plus approfondie et plus large. Afin d’expliquer les règles de la physique qui régissent l’univers, nous avons besoin d’une formule qui pourrait décrire le microcosme du monde subatomique, tout en parvenant à englober la totalité de l’univers. En résumé, l’objectif est d’unifier les lois qui engendrent les quatre forces élémentaires : les forces nucléaires fortes et faibles (qui maintiennent les atomes ensemble), l’électromagnétisme (qui décrit le comportement des particules chargées, tels les électrons et les protons) et, pour finir, la gravité. Si tout se passe bien, la découverte du secret qui associe ces lois devrait expliquer également les raisons pour lesquelles nous avons fait partie du développement de l’univers.

« Les physiciens se sont échinés sur les mêmes problèmes pendant dix, vingt, trente ans, et les simples prolongements de prolongements d’idées existantes ne vont sans doute pas résoudre la question. » C’est ce que déclare l’un de ces scientifiques, Dejan Stojkovic. Dans un récent article coécrit avec Jonas Mureika, il suggère que la scission actuelle entre la relativité générale et la mécanique quantique peut être solutionnée si on imagine le début de l’univers en une seule dimension – une ligne droite – suivi d’une expansion au fur et à mesure de l’évolution des autres dimensions spatiales.

La théorie de la relativité, qui expose la gravité, a fourni une description satisfaisante de l’interaction de la masse et de l’espace aux échelons cosmiques. En parallèle, la théorie quantique des champs a dépeint et unifié les trois autres forces qui contrôlent l’atome. Cependant, les tentatives d’assemblage des deux théories se sont révélées décevantes. L’une des façons de résoudre l’énigme d’une théorie unifiée est d’abandonner complètement la question de la gravité – de se débarrasser de l’intrus pour ainsi dire. « Ce que nous proposons ici, c’est un changement de paradigme », a indiqué Stojkovic dans un communiqué de presse de l’université d’État de New York.

Comme la gravité est forcément multidimensionnelle, un univers avec moins de dimensions n’aurait pas besoin de prendre en compte la relativité ; selon les chercheurs, cette option supprimerait les divergences mathématiques entre la loi quantique et la théorie de la relativité. Ils estiment également que les futures études de l’espace interstellaire basées sur l’observation – regarder toujours plus loin dans l’espace pour ainsi remonter le temps – seront en mesure de valider ou de réfuter leur hypothèse, puisque les effets de ce qui s’appellerait « l’absence de gravité » pourraient être perçus dans les anciens rayonnements lumineux.

La proposition préconisant moins de dimensions pourrait aussi expliquer pourquoi l’expansion de l’univers paraît s’accélérer et comment les particules se comportaient dans les premiers instants qui ont suivi le Big Bang. Stojkovic précise que « nous devons tenir compte de la possibilité que quelque chose soit systématiquement faux dans nos idées. Nous avons besoin de quelque chose de radical et de nouveau, et ça, c’est radical et nouveau. »

Un autre physicien a apporté des idées encore plus radicales : John Wheeler (1911‑2008), le père du concept du trou noir, phénomène dû à l’effondrement d’une étoile si énorme que son puits gravitationnel attire même les rayonnements lumineux qui passent à proximité. Ce scientifique est considéré comme un mentor, un enseignant et un esprit non conformiste.

D’après Wheeler, au cœur de l’univers, il y avait l’information : « it from bit », ainsi se référait-il au circuit de remontée d’informations de la création. Voici ce qu’il écrivait : « On ne peut proposer un panorama de travail plus enthousiasmant que celui-ci : un univers né de la participation de l’observateur, l’observateur-participant étant lui-même créé par l’univers. » L’aboutissement de son circuit de création « auto-stimulé » est certes étrange : notre observation de l’univers d’aujourd’hui modifie celui-ci rétroactivement pour le générer à l’origine. De façon plus étrange encore, Wheeler a conçu des tests qui montraient réellement ce type d’influence rétroactive. C’est ce qu’on appelle l’expérience du choix retardé dans laquelle les résultats obtenus modifient le commencement.

« Il est inscrit dans notre ADN […] d’atteindre les étoiles. » 

Mark Kelly, astronaute et commandant de la navette spatiale américaine Endeavor mission STS-134

« Nous sommes des participants en faisant naître non seulement ce qui est proche et présent, mais aussi ce qui est éloigné dans l’espace et dans le temps », déclarait Wheeler.

Dans un autre genre d’arborescence, un nombre croissant de cosmologistes considèrent désormais que notre univers est un univers parmi une infinité d’univers possibles : le multivers. Comme Brian Greene l’écrit dans La réalité cachée, « ces pseudo-mondes [univers parallèles] donneraient une réalité frappante à la vision que Wheeler avait de la primauté de l’information. Générez des circuits qui transportent les bonnes informations et vous avez généré des réalités parallèles qui sont aussi réelles pour leurs habitants que celle-ci l’est pour nous. » [Ici, c’est nous qui traduisons].

Paraboles et révélations 

Ce sont des hypothèses intéressantes, qui ne sont pas dénuées d’intérêt expérimental. Cependant, elles esquivent la question la plus personnelle d’une théorie unificatrice : au milieu de cet espace et de ce temps, de cet historique et de ces données, l’existence humaine a-t-elle une finalité ? Si une théorie du tout, quelle que soit son ingéniosité, ne parvient pas à relier l’expérience humaine et le cosmos, c’est qu’elle n’est pas assez astucieuse ; elle restera insatisfaisante. Comme nous sommes observateurs et participants dans l’univers, nous devons avoir une finalité, contrairement à toutes les autres créatures. Bien que des voix contraires se soient élevées avec force pour écarter ce point de vue, la question de la finalité revient constamment dans l’histoire de l’humanité.

C’est à ce stade qu’il fait connaître l’esprit de Dieu. Un examen attentif des Écritures indique que c’est le sens de l’existence humaine qui occupe l’esprit de Dieu depuis le commencement. Les êtres humains existent dans un but précis quoique, presque dès le début, ils s’en soient éloignés. Et la plupart continuent encore aujourd’hui.

C’est dans l’histoire d’Adam et Ève qu’on trouve l’origine de ce mystère de l’ignorance face au désir de savoir : créés à l’image de Dieu (êtres pensants, responsables, créatifs et capables de tisser une relation avec leur Créateur), les humains étaient censés achever le processus qui les amènerait à devenir comme Dieu, à la fois par leur caractère et leur attitude. Ces qualités sont façonnées par l’expérience et les choix, non parce qu’on le décrète ; elles ne peuvent pas être inculquées dans un esprit. Il faut que l’individu intègrent peu à peu ses traits de caractère positifs grâce à des décisions et des choix délibérés. C’est le sens fondamental de l’arbre de vie, par opposition à l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Tout comme les physiciens ont découvert un univers de particules et d’antiparticules dotées de qualités opposées, il en va de même pour les qualités spirituelles qui sont soit bienfaisantes et favorables à la vie, soit néfastes et destructrices de vie. En termes bibliques, les unes sont qualifiées de saintes et conformes à la justice, les autres de charnelles et empreintes de péché ; elles génèrent des modes de vies contraires qui sont soit compatibles soit incompatibles avec la nature divine (voir Galates 5 : 19‑25).

Les premiers êtres à l’image de Dieu se sont trouvés face à une alternative et ils ont fait le mauvais choix (Genèse 2 : 16 ; 3 : 12‑24) : ils ont décidé d’enfreindre les consignes du Créateur. En s’octroyant le droit de définir pour eux-mêmes ce qui était bien ou mal, ils ont perdu la possibilité d’accéder à l’arbre de vie et ont effectivement rompu le lien qu’ils avaient, et que leur postérité aurait pu avoir, avec Dieu. Cependant, l’éventualité de cette faute était également dans l’esprit de Dieu depuis le commencement. C’est pourquoi il existait aussi une façon de renouer notre relation avec lui et de restaurer son plan de nous voir devenir comme lui (Hébreux 1 : 1‑3, 5‑10 ; Jean 3 : 16‑17 ; Colossiens 1 : 15‑23).

Comme l’humanité en général a rompu le lien avec Dieu, il faut une révélation personnelle pour comprendre ce plan de rétablissement. À un moment donné, les disciples ont interrogé Jésus sur la fonction des paraboles. On dit souvent qu’elles servaient à clarifier la signification. Pourtant, Jésus donna une réponse toute différente : « Parce qu’il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, et que cela ne leur a pas été donné » (voir Matthieu 13 : 10‑17, Nouvelle Édition de Genève, 1979).

Le dessein du Créateur est une réalité cachée. C’est un mystère, un secret dissimilé dans des paraboles dont la compréhension n’est pas donnée à tous. Le mot « mystères » est traduit du grec musterion, « la forme non manifestée ou secrète d’un conseil divin, le mystère (de Dieu), les pratiques, pensées et desseins mystérieux de Dieu […] qui sont cachés de la raison humaine, ainsi que de toute autre compréhension inférieure au niveau divin, dans l’attente de leur accomplissement ou de leur révélation à ceux qui en sont destinataires » (traduit de A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature, W. F. Arndt, F. W. Danker, W. Bauer, 2000).

Ce mystère, c’est l’Évangile, la bonne nouvelle d’un plan de salut, qui est prévu pour tous les êtres humains. Dissimulé à la vue de tous, ce plan de rétablissement (Actes 3 : 19‑21) est transmis à travers un ensemble de jours saints à respecter (Lévitiques 23). Chaque étape marque le chemin qui conduit à la connaissance parfaite de Dieu et de son dessein. Allant du repos sabbatique hebdomadaire (reconnaissance du Créateur) jusqu’aux sabbats annuels, dont l’un symbolise un temps à venir où tous les peuples pourront accéder au pardon et comprendre ce plan, la promesse suprême de la vie éternelle est énoncée pas à pas.

De façon plus satisfaisante que n’importe quelle « théorie du tout », c’est le dessein ou le plan prévu pour l’humanité qui a été dans l’esprit de Dieu depuis le commencement : créer un famille, unifiée pour toujours dans un mode de vie parfait et éternel (Éphésiens 1 : 3‑10). L’univers que nous observons est un stade temporaire, le semblant d’un nouveau ciel et d’une nouvelle terre (Apocalypse 21 : 1‑7) qui, pour le moment, restent au-delà de l’horizon.