Ce que les manuscrits de la mer Morte ont montré

 

1.         En ce qui concerne la canonisation des Écritures, l’ensemble que nous connaissons sous le nom d’Ancien Testament est appréhendé désormais comme le résultat d’initiatives juives plutôt que comme quelque chose que l’Église chrétienne aurait imposé au judaïsme. En créant un canon des Évangiles et des écrits apostoliques, l’Église n’a fait qu’un simple ajout à ce qui faisait déjà autorité.

En fait, alors qu’il est largement admis que les rouleaux ont été écrits avant l’ère chrétienne, il existe aujourd’hui une tendance parmi les érudits à dater leur dissimulation environ 100 ans avant la destruction de Jérusalem par les Romains en l’an 70. La vérification de cette théorie préciserait notre compréhension de la préservation et de la transmission des Écritures.

2.         Des pratiques relatées dans le Nouveau Testament, comme le baptême initialement ssocié à Jean le Baptiste, avaient probablement des antécédents dans la communauté essénienne. Son Manuel de discipline décrit le bain rituel comme un moyen d’« entrer dans la vie réglée d’une communauté », acte qui trouve son équivalent dans l’Église primitive.

3.         Le Nouveau Testament présente des expressions et une phraséologie qui sont également communes aux rouleaux sectaires. Les livres du Nouveau Testament sont plus proches dans leur nature des manuscrits de la mer Morte que des écrits rabbiniques ultérieurs, distants de plusieurs centaines d’années.

4.         Plusieurs termes utilisés par l’apôtre Paul n’ont été trouvés que dans le Nouveau Testament et ont posé des problèmes aux traducteurs et aux exégètes des Écritures pendant de nombreux siècles. Désormais, plusieurs des termes abscons – par ailleurs très importants pour bien comprendre l’enseignement de Paul – ont été découverts dans les écrits sectaires des manuscrits de la mer Morte.

L’une de ces expressions, utilisée par Paul dans ses épîtres tant aux Galates qu’à l’Église de Rome, est traduite du grec par « les œuvres de la loi » (Galates 2 : 16, 3 : 2, 5, 10 ; Romains 3 : 20, 28). Ces mots sont particulièrement utiles pour saisir le raisonnement de Paul face aux Galates, notamment parce qu’ils ont servi à expliquer que l’un des fondements du judaïsme était de gagner le salut à travers des œuvres physiques.

Or, dans un des rouleaux, une expression équivalente en hébreu est utilisée afin de stipuler ce qu’il faut faire pour rester dans la communauté. Il y a là un rapport avec l’usage qu’en fait l’apôtre dans la mesure où, comme le montre ce cas, l’avertissement de Paul aux Églises ne concernait pas une tentative de « gagner le salut » grâce à des œuvres, contrairement à ce qui a été couramment supposé et enseigné.

Il faut en conclure que les écrits de Paul peuvent être associés à un contexte hébraïque judéen plutôt qu’à un environnement hellénistique. Paul traitait des questions qui concernaient les Juifs de Jérusalem, de Judée et de la diaspora, ainsi que les Gentils qui allaient devenir les membres de la communauté de l’Israël spirituel. Il n’était pas en train de créer une nouvelle religion (voir « Le christianisme a-t-il perdu ses fondements ? » en regard).

5.         Les textes du Nouveau Testament ont été replacés dans un cadre culturel et un environnement social plus exacts. Les érudits ont produit de nouvelles formes d’études culturelles et sociologiques des écrits apostoliques en cherchant à mieux comprendre le contexte social dans lequel ces livres avaient été écrits.