Juste six nombres

Just Six Numbers: The Deep Forces That Shape the Universe

Martin J. Rees. 1999. Weidenfeld & Nicolson, London. 173 pages.

La vie humaine est-elle le résultat de multiples coïncidences ou du hasard total ? Ou est-ce au contraire le réglage minutieux des lois qui la gouvernent qui a mené à notre existence ? Et si c’est le cas, quelle est l’origine de ce réglage minutieux ?

Il se peut que ces questions aient un ton religieux — ce sont des questions que les gens pourraient se poser en essayant de concilier leur vague croyance en une création divine avec les découvertes scientifiques modernes. Pourtant, ce sont ces mêmes questions que Sir Martin J. Rees, astronome et professeur à la Royal Society (Académie des sciences) à l’université de Cambridge, se pose dans son livre intitulé Just Six Numbers: The Deep Forces that Shape the Universe (Juste six nombres : les forces profondes qui forment l’univers). Il pose ces questions non d’un point de vue religieux mais d’une perspective de scientifique à la fois stupéfait par le niveau d’organisation dans l’univers et déconcerté devant la cause de cette ordre.

Il examine six « nombres cosmiques » qui ont déterminé l’univers tel qu’il existe aujourd’hui. Selon Rees, ces nombres gouvernent la forme, la taille et la texture de l’univers et auraient été définis pendant le big-bang. Sa conclusion ahurissante, basée sur les preuves scientifiques disponibles, est que ces six nombres semblent infailliblement réglés pour donner naissance à la vie. Cela signifie que si l’un d’eux était différent, nous ne pourrions tout simplement pas exister.

Des nombres chanceux ?

Le premier de ces nombres, représenté dans le livre de Rees par la lettre N, est le rapport de la puissance de la force électrique contre la force de gravité. Rees affirme que si ce nombre était à peine plus petit, les étoiles auraient des cycles de vie énormément réduits : l’équilibre entre les forces de gravitation maintenant les étoiles et les forces électriques qui les empêchent de tomber est étroitement lié à la longévité des étoiles. Sans cet équilibre subtil, nous ne pourrions pas envisager que les planètes comme la Terre aient eu du temps pour se développer. Même la théorie évolutionniste la plus optimiste maintient que la vie ne peut seulement survenir qu’après une très longue période. Sans un soleil stable autour duquel la gravitation est possible, l’existence de la Terre, ou la vie sur cette dernière, seraient très improbables.

Le deuxième nombre de Rees, ε (epsilon), définit la force avec laquelle les noyaux atomiques sont liés. Ce facteur gouverne la force produite par les étoiles et affecte le genre et la quantité d’éléments qu’elles produisent. Si ce nombre était légèrement différent, l’abondance chimique dans l’univers serait radicalement changée, empêchant ainsi l’existence de la vie que nous avons sur la Terre.

Le troisième nombre, Ω (oméga), mesure la quantité de matière dans l’univers. Si ce nombre avait été trop élevé, l’univers se serait écroulé sur lui-même il y a bien longtemps, toute la matière dans l’univers étant ramenée vers un seul point — un « grand écrasement ». S’il avait été trop bas, les étoiles et les galaxies ne se seraient jamais formées. Le peu de matière aurait été disséminé dans les profondeurs de l’espace. Pourtant, ce qu’a trouvé Reeds, c’est que la vitesse d’expansion initiale de l’univers et la quantité de matière que l’univers possède semblent avoir été minutieusement réglées afin de présenter un univers d’une grande longévité, stable, et donc approprié au développement et au maintien de la vie.

Son quatrième nombre, λ (lambda), n’a resurgi dans la pensée scientifique que depuis quelques années. Il se rapporte à un effet supposé d’anti-gravité qui modifie le taux d’expansion de l’univers afin d’expliquer les observations astronomiques récentes. Einstein avait d’abord calculé une telle force dans sa théorie générale de la relativité pour prédire un univers stable, mais il estima plus tard que l’addition de cette « constante cosmologique » fut la plus grande erreur de sa vie. L’ironie est que de nombreux cosmologistes pensent à présent qu’il avait peut-être raison après tout. Rees fait remarquer que, heureusement pour nous, la valeur de ce nombre est extrêmement faible. Si elle n’avait pas été faible, cela aurait empêché les galaxies et les étoiles de se former et, encore une fois, nous n’existerions pas.

Le cinquième nombre, représenté par la lettre Q, se rapporte au degré de structure dans l’univers. Ce nombre semble également avoir été gravé au début de l’univers lors du big-bang et semble aussi être prudemment équilibré pour que la vie puisse exister. Si ce nombre était à peine plus petit, l’univers serait inerte et sans structure ; s’il était plus grand, l’univers serait trop violent pour que les étoiles et les systèmes solaires survivent. L’univers serait plutôt dominé par d’énormes trous noirs.

Le sixième nombre, représenté par la lettre D, est un nombre simple qui est connu depuis des siècles. C’est le nombre des dimensions spatiales dans lesquelles nous vivons, et ce nombre, c’est trois : la hauteur, la largeur et la profondeur. Si l’univers dans lequel nous vivons avait quatre dimensions spatiales, de nombreuses lois de la nature devraient être réécrites. La vie telle que nous la connaissons n’aurait pas pu prendre forme.

Univers ou multivers ?

Ces six nombres, qui touchent seulement à la cosmologie et non aux autres sciences de la physique ayant une influence sur l’existence de la vie humaine, semblent être parfaitement réglés à cet effet. L’existence de ce réglage minutieux est un fait en général incontesté au sein du monde scientifique. Mais est-ce seulement une coïncidence ou la divine providence ou bien quelque chose d’autre encore ?

L’existence de ce réglage minutieux est un fait en général incontesté au sein du monde scientifique. Mais est-ce seulement une coïncidence ou la divine providence ou bien quelque chose d’autre encore ?

Rees utilise la métaphore du philosophe canadien John Leslie pour examiner la perfection évidente de l’univers : « Supposez que vous faites face à un peloton d’exécution. Cinquante tireurs tirent en vous visant mais ils vous manquent tous. S’ils n’avaient pas tous manqué leur cible, vous n’auriez pas survécu pour réfléchir à la question. Mais vous ne vous en tiendriez pas là — vous seriez toujours déconcerté et vous ne cesseriez de chercher pourquoi vous avez eu de la chance. »

Refusant de se tourner vers la religion pour avoir une explication sur ce phénomène de « réglage cosmique », Rees conjecture qu’un « multivers » existe — qu’il y a un grand nombre d’univers dans lesquels ces valeurs sont peut-être quelque peu différentes. Il affirme que la plupart de ces univers sont stériles et que quelques-uns seulement, comme le nôtre, sont propres à la vie. Cependant, ces univers conviviaux ne sont pas à la portée de notre propre univers hospitalier pour effectuer des expériences ou des mesures.

Dans les dernières pages de son livre, l’astronome reconnaît que la science ne peut expliquer ce réglage minutieux. Les explications se trouvent bien au-delà de notre univers et donc au-delà de ce que nous pouvons mesurer.

Dans les dernières pages de son livre, l’astronome reconnaît que la science ne peut expliquer ce réglage minutieux.

Rees reconnaît, bien qu’à contrecœur, les principes du raisonnement scientifique : il observe que « toute bonne théorie scientifique doit pouvoir être réfutée ». Cependant, sa propre explication du « multivers » décrit ce qui ne peut être testé ou mesuré. Est-ce donc une mauvaise théorie ? On pourrait penser que n’importe quelle théorie admettant que toutes les possibilités sont vraies peut justifier l’existence de n’importe quoi, même des choses les plus improbables. Il est certain que la conjecture de la divine providence, en réglant l’univers de telle manière à ce que la vie humaine puisse exister, est aussi valable que la proposition scientifique — bien qu’elle non plus ne puisse pas être validée scientifiquement.

Rees termine son livre par une litote du remarquable typiquement britannique. Il se demande : « Devrions-nous chercher si les valeurs providentielles de nos six nombres ont d’autres origines ? » Ces valeurs « providentielles » qui rendent notre propre vie possible, furent minutieusement réglées et elles existaient depuis le commencement même de l’univers. Ce fait scientifique est à lui seul stupéfiant.

Alors que nous réfléchissons aux origines de ce réglage minutieux, et de ce fait à l’origine même de l’univers, il serait peut-être sage de prendre en considération ce qui suit : l’apôtre Paul, écrivant à l’Église primitive du Nouveau Testament il y a environ 2000 ans, affirma que « ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître. En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil nu, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, car ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces ; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans le ténèbres » (Romains 1 : 19-21).