L’autre prophétie

Il n'y a pas d'autre mot dans le vocabulaire religieux qui soit aussi passionnant que le mot prophétie. La prophétie peut être encourageante, captivante, faire la une des journaux et même créer une dépendance. Pourtant, pour certains, la prophétie fait peur et n'est pas digne de confiance. L'accent trop souvent mis sur des dates précises (et toujours inexactes) encourage la peur et l'incertitude, et fait obstacle à toute planification à long terme.

Alors que nous entrons dans un nouveau millénaire, l'attention du monde se porte inexorablement vers diverses prophéties relatives à ce qui pourrait ou ne pourrait pas arriver dans les mois ou les années à venir. Comment pouvons-nous atteindre un certain équilibre dans notre approche sur ce sujet controversé ?

Lorsqu'on entend le mot prophétie, nombreux sont ceux qui pensent d'abord à la prophétie biblique. La Bible, après tout, fait la chronique des paroles et des actes de nombreux prophètes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Certains étaient prophètes de Dieu (les véritables), et d'autres étaient des faux prophètes (les séducteurs).

Il se peut aussi que l'on pense aux « prophètes laïques » bien qu'ils ne soient pas de vrais prophètes au sens biblique mais plutôt des gens perspicaces, doués de prescience et qui voient la façon dont les évènements vont se dérouler. Peut-être que certains journalistes, politiciens ou hommes d'État (Winston Churchill par exemple) pourraient faire partie de cette catégorie.

Ensuite, il y en a d'autres comme le fameux docteur et astrologue français Michel de Notredame (1503-1566), plus connu sous le nom de Nostradamus, qui devint célèbre pour avoir écrit Centuries Astrologiques, œuvre publiée en 1555. Ces collections de prophéties contiennent cent strophes chacune et sont organisées en quatrains. Elles prétendent décrire les évènements à partir des années 1550 jusqu'à la fin du monde. Nostradamus a prédit que la fin arriverait en l'an 3797. Il y a même un quatrain très connu au sujet de l'année 1999. Caractérisées par un style énigmatique et un langage vague emprunté à certaines traditions populaires du 16ème siècle, la plupart des strophes de Nostradamus ont un style allusif, elles sont ambiguës et non datées.

Les prédictions de Mère Shipton (née vers 1488) ainsi que le vieil almanach de Moore, apparu pour la première fois en 1700, sont d'autres exemples qui pourraient être considérés comme prophéties. Cependant, ces œuvres font davantage partie du domaine de l'astrologie qui, quant à elle, essaie de prévoir l'avenir d'après la position des astres. Les prévisions astrologiques mensuelles apparaissant dans de nombreux magazines et journaux se plient à la croyance superstitieuse que le sort des hommes et des nations est influencé (de façon positive ou négative) par les mouvements des étoiles et des planètes.

Contraire à l'opinion populaire

Cela soulève une question intéressante. Quelle définition vous vient à l'esprit lorsque vous pensez à la prophétie ? La plupart répondraient sûrement : « Prédire l'avenir » . Pourtant, afin d'avoir une compréhension bien claire sur ce qu'est la prophétie, il est utile de tenir compte du fait que la définition biblique est beaucoup plus large. La prophétie n'est certainement pas réduite à l'usage populaire que l'on en fait aujourd'hui, c'est-à-dire prédire l'avenir. Bien sûr, la Bible utilise la prophétie dans ce sens-là, mais elle l'utilise aussi dans un autre sens important. Si elle est bien comprise, la plus grande partie de la Bible est en fait de la prophétie. Tout dépend comment on comprend et définit le terme.

Le mot prophétie vient du Grec propheteia, ce qui signifie littéralement « parler en avant » (pro voulant dire « en avant » et phemi « parler » ). Selon le Merriam Webster's Collegiate Dictionary, 10th Edition (dictionnaire Webster), un prophète peut être quelqu'un qui prédit l'avenir ou quelqu'un qui apporte des révélations inspirées de Dieu.

Donc, bien que la prophétie soit effectivement de la prédiction, elle signifie aussi proclamer la vérité de Dieu. W.E. Vine dit dans son Dictionary of New Testament Words (dictionnaire des mots du Nouveau Testament) qu'un prophète est « quelqu'un qui proclame un message divin […] , quelqu'un à qui et par qui Dieu parle » . Vine nous dit aussi que « propheteia signifie le fait d'exprimer l'opinion et la recommandation divines[…] . Même si la plupart des prophéties de l'Ancien Testament consistait strictement à prédire, […] la prophétie n'est pas nécessairement, et même pas principalement, de la prédiction. C'est la proclamation de ce qui ne peut être connu de façon naturelle, […] c'est la proclamation de la volonté de Dieu en ce qui concerne le passé, le présent ou l'avenir » (voir sous les mots « prophète » et « prophétie » , accentuation rajoutée).

Il est important et utile d'élargir notre compréhension sur ce qu'est la prophétie. Veuillez noter ce que dit Alexander Crudden dans sa fameuse concordance (Lutterworth Press, London, 1971, sous le mot « prophète » ) : « Un sens du mot [prophète] moins souvent reconnu, mais tout de même courant, est quelqu'un qui dit (ou proclame), qui parle de la part de quelqu'un d'autre, le plus souvent de la part de ieu. C'est dans ce sens que de nombreux personnages bibliques sont appelés prophètes, comme par exemple Aaron, Moïse et Jésus-Christ. »

La prophétie : passé, présent, futur

Donc la prophétie, c'est à la fois de la prédiction et de la prédication. Une large définition du mot prophétie serait, comme nous l'avons vu plus haut, « une révélation divine qui concerne le passé, le présent ou l'avenir » . Cela donne un équilibre utile dans notre utilisation du mot, particulièrement à l'aube d'un nouveau millénaire. Nous devrions vraiment prêter attention à toute prophétie comme nous venons de la décrire, c'est-à-dire comme instruction venant de Dieu. Nous ne devrions rien négliger de la révélation divine, et ne rien laisser de côté comme le fait la tendance humaine.

Il est important que le message entier de la prophétie (toute révélation divine, à la fois l'enseignement de Dieu pour nos vies maintenant, et sa prédiction sur l'avenir) soit considéré comme un ensemble. Le message sur la repentance, le changement individuel, le rôle central de Jésus-Christ ainsi que l'amour véritable les uns envers les autres, tout ceci fait partie de la prophétie (prédication inspirée) exactement au même titre que la prédiction sur l'avenir.

Ne serait-il pas opportun, au seuil de ce nouveau millénaire, que ceux qui élèvent leurs voix pour faire des prédictions (généralement incorrectes) pensent à utiliser la prophétie au sens large du terme ? Si chacun d'entre nous prêtait attention à toutes ces « prophéties » bibliques qui expliquent comment nous devrions conduire nos vies dans le présent, il en résulterait moins de spéculations insensées. Et qui sait, cela pourrait même mener à un monde plus sûr et plus heureux, un monde dans lequel les gens vivraient pour le bien de leurs prochains et d'une façon beaucoup plus plaisante à leur Créateur.

Il est possible d'avoir une approche plus équilibrée de la prophétie en utilisant le sens large du terme tel qu'il apparaît dans la Bible.