Une arrogance titanesque

Il y a parfois des tragédies d’une telle ampleur que leur souvenir ne s’efface jamais – elles deviennent ainsi légendaires. En revivant les moindres détails, nous sommes à nouveau paralysés par les horreurs de l’événement.

Le naufrage du Titanic, qui a eu lieu il y a 92 ans, le 15 avril 1912, est l’un de ces souvenirs. Au fil des ans, cet événement atroce a acquis un statut presque mythique et il est devenu la métaphore de l’échec technologique. Mais pouvons-nous tirer d’autres enseignements de ce désastre ?

Couler l’insubmersible

Le Titanic était le plus grand et le plus luxueux paquebot en exploitation. Rien ne fut trop cher dans sa construction. Il était fier de posséder des cabines magnifiques, des salles à manger de luxe, des fumoirs somptueux avec des plafonds ornés et des candélabres splendides, ainsi qu’un élégant escalier immense. Il y a avait des ascenseurs, des bibliothèques, une piscine, un bain turc, un gymnase, un court de squash et même un orchestre de huit exécutants – tout pour satisfaire les désirs des 325 passagers de première classe ainsi que tous les autres. Il était à la pointe de la technologie, inspirant le respect et l’admiration de ceux qui l’ont vu. Et ce qui est encore plus étonnant, c’est que ces constructeurs avaient assuré qu’il était insubmersible.

Il y a eu différents films de tournés sur le sombre destin de ce bateau unique. Titanic, réalisé par James Cameron est sans doute le plus réaliste et le plus frappant. Il a décroché 11 Academy Awards en 1998 et c’est toujours le film qui a réalisé les plus gros bénéfices de tous les temps.

Comment se fait-il que de telles tragédies comme celle du Titanic captent toujours l’imagination ? Cameron affirme lui-même dans le livre officiel de la genèse du film que l’histoire du Titanic est similaire à un grand roman qui est devenu réalité : « L’histoire n’aurait pas pu être mieux écrite […] la juxtaposition des riches et des pauvres, le rôle des hommes et des femmes joué jusqu’à la mort (les femmes passent en premier), le stoïcisme et la grandeur d’âme de jadis, la splendeur du paquebot qui n’a d’égal que la folie des hommes qui voulaient à tout prix naviguer dans l’obscurité totale. Et surtout, une leçon : que la vie est incertaine, le futur imprévisible […] et que l’impensable est possible » (James Cameron’s Titanic, 1998).

C’est ce dernier point qui suscite une grande fascination. Les premières années du 20ème siècle, lorsque le Titanic fut construit, étaient pleines d’optimisme grâce aux progrès remarquables de la science et de la technologie. C’était une époque de paix, de progrès et de promesses sans fin. Tout allait mieux et plus vite : c’était une époque plus riche et plus prospère. « Qu’est-ce qui pouvait arrêter les moteurs du progrès ou les capitaines qui les contrôlaient ? » se demande le prologue du livre.

Ainsi le Titanic personnifie l’esprit d’invulnérabilité qui était caractéristique de cette époque. En fait, au début de sa traversée inaugurale, lorsqu’on demanda à un matelot si le paquebot était vraiment insubmersible, il répondit : « Dieu lui-même ne pourrait pas faire couler le bateau ! »

« Dieu lui-même ne pourrait pas faire couler le bateau ! »

C’était une vaine fanfaronnade qui allait, quelques jours plus tard, s’avérer bien sûr catastrophiquement vide de sens. À la suite de décisions humaines fatales, d’évènements non prévus et d’un curieux coup du destin, la vulnérabilité du bateau fut cruellement montrée et il coula en l’espace de deux heures et 40 minutes, emportant avec lui plus de 1500 vies.

Mais cette suite d’évènements ne fut pas la seule cause du désastre. Le livre James Cameron’s Titanic affirme : « Le bateau n’a pas été détruit que par un iceberg, il a aussi été détruit par un état d’esprit. » Le livre parle « d’une force invisible qui allait amener la fin d’une époque […] l’arrogance » (c’est nous qui mettons l’accent). En effet, la fin de cette époque arriva deux ans après, lorsque la Première Guerre mondiale éclata.

Le Titanic semblait invulnérable ; les gens étaient très fiers du bateau et ils avaient mis toute leur confiance en lui. Mais vue l’ampleur et l’importance de la tragédie, les gens ont remis en question la prouesse des concepteurs et des ingénieurs ainsi que l’efficacité des nouvelles technologies et des progrès scientifiques. Ce genre d’introspection et de remise en question peuvent avoir un effet marquant sur l’attitude des gens qui se mettent à remodeler leurs opinions et à réévaluer leurs priorités.

Cependant, si l’histoire nous enseigne quelque chose, c’est bien que ce processus ne dure en général qu’une courte période après quoi la vie normale reprend son cours.

Une leçon sur l’orgueil

Le Dieu de la Bible, souvent moqué par la génération actuelle comme n’étant pas important ou même comme étant inexistant, a beaucoup à dire sur l’orgueil humain et la notion d’invulnérabilité. Il est dit que « Dieu résiste aux orgueilleux » (Jacques 4 : 6 ; 1 Pierre 5 : 5) et que « l’arrogance précède la ruine, et l’orgueil précède la chute » (Proverbes 16 : 18). L’orgueil humain est comme un cancer qui ronge et détruit. Parfois, Dieu permet que des évènements attaquent cet orgueil et nous fassent mieux comprendre notre vulnérabilité et mortalité.

De la même façon qu’un bateau – où n’importe quelle autre expression de l’orgueil ou d’un projet humain – peut échouer, la société tout entière construite par l’humanité peut elle aussi échouer. Si certains paramètres ou certaines lois garantissant le bon fonctionnement sont compromis, un désastre finit par arriver. Le Titanic fut construit pour fonctionner au sein de certains paramètres et lois physiques. Lorsque ces paramètres furent outrepassés, le bateau connut un revers spectaculaire.

Près d’un siècle plus tard, n’avons-nous pas tendance à penser que notre époque est indestructible ? Nous sommes très fiers de nos réalisations, de nos progrès scientifiques et technologiques. Pourtant, Dieu est très souvent laissé de côté. Nous ignorons trop souvent les lois et paramètres spirituels qui gouvernent la vie.

Et si, de façon collective, nous vivons en dehors des paramètres spirituels qui parlent de certains aspects comme l’orgueil et l’arrogance, allons-nous un jour connaître un désastre sans précédent et de bien plus grande ampleur que celui du Titanic ?

C’est assurément le message de la Bible qui est un véritable mode d’emploi rempli de valeurs spirituelles et de sagesse divine qui nous guident à travers des temps incertains.