Une culture fondée sur le divorce

Les statistiques nous montrent que les premiers mariages ont 45 % de chances de se terminer par une séparation et que ce taux est de 60 % pour les seconds mariages. Mais ces chiffres confirment seulement ce que nous savions déjà : les divorces sont de plus en plus fréquents mais aussi de plus en plus acceptés. Et même sans se concentrer sur les chiffres en soi, nous savons qu’aujourd’hui bien plus de mariages se terminent en divorces qu’il y a quelques décennies.

Le divorce est-il un fait tellement répandu et acceptable dans le tissu social de la culture occidentale que nous avons peut-être manqué quelques développements importants ayant accompagné son augmentation ? Que signifie pour la société américaine le fait que 25 % des personnes âgées de 18 à 44 ans aient des parents qui ont divorcé ? Dans les années 90, seulement 26 % des foyers américains étaient constitués de couples mariés avec des enfants.

Tout ceci représente un énorme changement social. Ce changement s’est effectué dans un laps de temps assez court de 40 ans et il a refaçonné la composante de base de la société. Le divorce modifie l’institution du mariage et de la famille d’une façon que nous ne comprenons pas encore pleinement. Cependant, les experts en la matière comprennent assez pour affirmer que la tolérance accrue pour le divorce a entraîné des changements profonds dans nos attitudes vis-à-vis de la représentation que l’on se fait du mariage et de la famille.

Ce n’est pas que les mariages étaient parfaits au 18ème et 19ème siècles, et que vers la fin du 20ème, nous nous soyons pour une raison ou pour une autre écartés du droit chemin (voir « Le mariage : mystère et signification » en regard). Mais indépendamment de ce que l’institution représentait dans le passé, le fait que les rôles traditionnels des hommes et des femmes aient énormément changé avec l’industrialisation et l’urbanisation du 20ème siècle est bien documenté. De plus, la Seconde Guerre mondiale a amené les femmes sur les lieux de travail pour qu’elles remplacent les hommes partis au front ; de nouvelles méthodes de contraception ont pu permettre aux femmes de contrôler leur fécondité ; et en général, les femmes ont acquis une plus grande capacité à prendre des décisions sur des sujets familiaux en travaillant à l’extérieur des foyers. Le phénomène fut accéléré par différents mouvements sociaux favorisant des programmes féministes, les droits civiqueset le potentiel humain.

Ces changements sociétaux ont amené des libertés que les générations précédentes n’avaient pas. L’engagement de rester dans un mariage afin de le faire bien fonctionner a laissé place à une attitude qui consiste à poursuivre ailleurs sa vie si le mariage est en difficulté. Les femmes travaillant à l’extérieur des foyers ont acquis une bonne dose de liberté économique. Cela a ensuite fait baisser la motivation à résoudre les différences maritales. L’indépendance produite par l’augmentation des revenus des ménages a aussi donné aux hommes une échappatoire pour abaisser leur sens des responsabilités et leur engagement vis-à-vis du mariage.

Entre alors en scène la génération du « moi, maintenant ». Pourquoi rester dans une relation difficile ou sans amour ? Changez ! Trouvez tout ce qui vous donnera du bonheur. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que le taux de divorce dans les années 70 ait doublé, la jeune génération y contribuant pour la majeure partie. Cette génération avait des vues bien différentes de celles de ses parents, spécialement en matière de fidélité, de chasteté et d’engagement. Citant des chiffres de l’université de Stanford, le journaliste Kerby Anderson affirme que, même si le jeunes entre 20 et 30 ans ne formaient que 20% de la population à la fin des années 60 et au début des années 70, ils représentaient 60% de l’augmentation du taux de divorce.

Des motifs sérieux

Un autre facteur important souvent oublié dans les discussions sur les ruptures des rapports conjugaux est le divorce par consentement mutuel. Selon Anderson, les lois sur le mariage étaient « historiquement […] basées sur la croyance traditionnelle judéo-chrétienne que le mariage était pour la vie. Le mariage était destiné à être une institution permanente. Par conséquent, le désir de divorcer n’était pas considéré comme étant justificatif. D’un point de vue juridique, les motifs de divorce devaient être des circonstances justifiant de faire une exception à l’aspect immuable du mariage. Le conjoint ou la conjointe désirant divorcer devait prouver que l’autre avait commis une des « fautes » considérées comme justifiant la dissolution du mariage. Dans la plupart des cas, les motifs classiques de divorce étaient la cruauté, l’abandon du domicile conjugal et l’adultère ».

En d’autres termes, le système juridique servait de frein. Le principe de base dans ce système de lois sur le divorce basé sur les torts était que le mariage était une institution spéciale et qu’il avait besoin d’être protégé. Mais cette fondation juridique fut remise en question lorsque la société changea sa conception du mariage. En 1969, l’État de Californie créa un précédent lorsque Ronald Reagan, gouverneur à cette époque, promulgua un décret autorisant le divorce par consentement mutuel. Aujourd’hui, c’est le principe juridique de facto dans tous les états. Le système juridique a lâché le frein et l’impact produit a été profondément ressenti.

Bien sûr, comme pour tous les grands changements sociétaux, les gens ont assumé que celui-ci était pour le bien de la société. Ceux qui étaient enfermés dans de tristes relations dénuées d’amour pouvaient désormais mettre fin à un mariage malheureux sans le fardeau ni l’aspect déplaisant de devoir prouver les torts ou de répartir les responsabilités.

Judith Wallerstein, maître de conférences émérite à la School of Social Welfare de l’université de Berkeley, mentionne dans son livre The Unexpected Legacy of Divorce (l’héritage inattendu du divorce, publié 2000) : « L’opinion répandue était que le divorce permettait aux adultes de faire de meilleurs choix et d’avoir des mariages plus heureux en les laissant réparer leurs erreurs passées. Ils pouvaient ainsi prendre la décision honnête et mutuelle de divorcer, parce que si une personne voulait laisser tomber, ce n’était certainement pas un bon mariage. Ces attitudes étaient partagées par des hommes et femmes de différents courants politiques, par des avocats, des juges ainsi que par des professionnels de la psychiatrie ».

« Nous avons effectué des changements radicaux dans la famille sans réaliser la façon dont cela allait changer le processus de croissance des enfants. »

Judith Wallerstein, The Unexpected Legacy of Divorce

Tout cela semble très raisonnable, à l’exception d’un détail très important : les mariages produisent en général des enfants. Wallerstein se demande : « Mais qu’en est-il des enfants ? Dans la précipitation à vouloir améliorer les vies des adultes, nous avons supposé que leurs vies s’amélioreraient aussi. Nous avons effectué des changements radicaux dans la famille sans réaliser la façon dont cela allait changer le processus de croissance des enfants ».

Les adultes, dans leur impatience à réduire leurs propres situations difficiles, se sont convaincus eux-mêmes que les enfants seraient plus heureux si les parents étaient plus heureux. Ils ont également affirmé que le divorce était une crise temporaire où le plus grand mal était fait lors de la période initiale de séparation, et qu’avec le temps, les enfants s’ajusteraient si les parents « arrangeaient tout » à l’amiable.

Cependant, ces deux suppositions sont aujourd’hui sérieusement remises en question. Par exemple, le sociologue d’UCLA Nicholas Wolfinger affirme que « le stress additionnel dû au fait que de nouveaux parents entrent et sortent de la vie de l’enfant semble affecter sa vie maritale lorsqu’il sera adulte. » Wallerstein est encore plus ferme en ce qui concerne les effets du divorce sur les enfants : « Le divorce est une expérience qui change la vie. Après un divorce, l’enfance est différente. L’adolescence est différente. L’âge adulte — avec l’éventuelle décision de se marier ou pas, d’avoir des enfants ou pas — est différent. Que le résultat final soit bon ou mauvais, toute la trajectoire de la vie d’une personne est profondément transformée par l’expérience du divorce. »

« Toute la trajectoire de la vie d’une personne est profondément transformée par l’expérience du divorce. »

Nicholas Wolfinger

Un problème ancien

Veuillez réfléchir quelques instants au fait que la connaissance au sujet des effets négatifs du divorce sur les enfants fut documentée presque 400 ans avant Jésus-Christ. L’information se trouve dans la Bible. Nous savons que le divorce sévit de nos jours et que les enfants sont en danger. Par conséquent, ne devrions-nous pas prêter attention à une telle source ? Avant de rejeter ce qui suit en pensant que cela n’a pas de rapport avec la vie moderne, examinons le récit pour voir s’il nous rappelle 2003 d’une manière ou d’une autre.

Dans Malachie 2 : 16, nous apprenons que Dieu hait le divorce. La question naturelle serait : pourquoi ?

Le livre de Malachie est un message à la nation d’Israël et c’est un message à la fois historique et prophétique. Les deux moitiés de la nation (la maison d’Israël et la maison de Juda) avaient auparavant été faites prisonnières pour avoir rejeté la voie de Dieu. Un reste de la tribu de Juda avait reçu l’autorisation de revenir à Jérusalem et de reconstruire le temple ainsi que les murailles de la ville. Au départ, ils avaient commencé ces projets avec beaucoup d’enthousiasme, mais avec le temps et face aux obstacles et à l’opposition, ils étaient devenus négligents dans leur relation avec Dieu. Malachie parle de cette attitude.

L’alliance que Dieu a faite avec Israël sur le mont Sinaï — où la nation était d’accord avec les termes et les conditions sur ce qui équivalait à un contrat de mariage avec Dieu — a un rôle central dans la discussion. Ils ne respectaient plus les termes de ce contrat qui était basé sur la loi de Dieu : « Mais, vous vous êtes écartés de la voie, vous avez fait de la loi une occasion de chute pour plusieurs, vous avez violé l’alliance de Lévi » (Malachie 2 : 8). Ils avaient donc souillé l’alliance de différentes façons, mais un des domaines clairement montré du doigt par Malachie était celui du mariage.

Le mariage est une alliance. Il n’est pas indépendant de Dieu. Dieu est témoin de l’accord : « Parce que l’Éternel a été témoin entre toi et la femme de ta jeunesse, à laquelle tu es infidèle, bien qu’elle soit la compagne et la femme de ton alliance » (verset 14, c’est nous qui mettons l’accent). Un mariage commencé dans la jeunesse est supposé durer jusqu’à la vieillesse. Ce passage dit aussi que la femme n’est pas inférieure, mais qu’elle est une compagne au sujet de laquelle le mari devrait se réjouir.

Un plus un égalent trois

La question dans le verset suivant « N’a-t-il pas fait un seul être ? » [Bible de Jérusalem, Les éditions du Cerf, 1998] nous mène à un aspect important du mariage que la plupart des gens ne prennent pas en considération lorsqu’ils envisagent de divorcer. Le mariage suppose une union sexuelle, et cette union est bien plus qu’une expérience physique — c’est l’union de l’esprit. Quelque chose se passe dans l’esprit et qui fait que deux personnes deviennent une seule chair (Genèse 2 : 24 ; Matthieu 19 : 5).

Cette relation entre mari et femme est essentielle à une relation familiale solide. « Une découverte fondamentale de ma recherche, » dit Wallerstein, « c’est que les enfants s’identifient non seulement à leur père et à la mère en tant qu’individus distincts mais aussi à la relation qui existe entre eux. Ils gardent le modèle de cette relation jusqu’à l’âge adulte et l’utilisent pour rechercher l’image de leur nouvelle famille. »

La relation maritale par alliance est censée produire des enfants et leur fournir la nourriture physique et mentale dont a besoin un jeune esprit qui se développe.

Mary Hirschfeld, dans son livre intitulé Adult Children of Divorce Workbook (Manuel pour les adultes enfants du divorce) dit : « Rien ne peut davantage faire mal que la blessure qui est infligée par les personnes les plus importantes de notre enfance, notre mère et notre père, parce qu’elle rompt la promesse, implicite à la vie elle-même, qui est de fournir une sécurité et une attention continues. Je pense que la plupart des êtres humains croient inconsciemment qu’un père et une mère, lorsqu’ils engendrent la vie, passent un accord tacite de préserver l’unité de la famille et d’être présent pour guider les enfants jusqu’à ce qu’ils puissent confronter le monde en tant qu’adultes. Lorsque les parents agissent ainsi […] cela nourrit la confiance et permet aux enfants de poser un fondement solide pour toutes les tâches de la vie. »

C’est précisément pour cette raison que Dieu a condamné Israël. En brisant la relation maritale, ils anéantissaient la sécurité des générations futures — et nous faisons exactement la même chose !

Réorganiser la société

L’étude qu’a réalisée Wallerstein pendant 25 ans l’a profondément convaincue des effets à long terme du divorce. Elle affirme : « De plus, en suivant la vie d’un enfant du divorce, puis d’un autre et d’un autre encore, de l’enfance à travers l’adolescence et jusqu’aux défis de l’âge adulte, je peux affirmer sans aucun doute qu’ils ont des soucis différents de ceux qui ont été élevés dans des foyers intacts. Ces soucis sont en train de refaçonner notre société d’une manière qui dépasse notre imagination. »

Elle n’insinue pas que cette réorganisation ait des résultats positifs. « Une famille qui a connu le divorce n’est pas une version tronquée de la famille à deux parents », dit-elle. « C’est un genre différent de famille dans laquelle les enfants se sentent moins protégés et moins sûrs de leur avenir que des enfants issus de familles relativement intactes […] De plus, le divorce amène des changements radicaux dans les relations parent-enfant qui vont à l’encontre de notre compréhension actuelle. L’éducation des enfants — coupée de ses amarres dans le contrat de mariage — est souvent moins stable, plus incertaine et protège moins les enfants. » Le divorce affaiblit la composante de base de la société. Les enfants du divorce sont affectés (à des niveaux différents) et ils portent les séquelles jusqu’à l’âge adulte, affectant à leur tour une autre génération.

« Ayant passé les 30 dernières années de ma vie à voyager de par le monde, à parler à différents groupes (professions libérales, gens de lois, psychiatres) et à travailler avec des milliers de parents et enfants de familles à divorces, il est évident que nous avons créé un nouveau genre de société jamais vu auparavant dans l’histoire de l’humanité. En silence et sans nous en rendre compte, nous avons créé une culture fondée sur le divorce. »

« Il est évident que nous avons créé un nouveau genre de société jamais vu auparavant dans l’histoire de l’humanité. »

Judith Wallerstein, The Unexpected Legacy of Divorce

Cette nouvelle culture affecte un éventail plus large de personnes que l’on croit. L’écrivain Holly Preston fait remarquer par exemple que « le divorce est aussi difficile pour les enfants qui sont adultes. » Mme Preston a 34 ans, elle est mariée, mère, et ses parents ont récemment divorcé. Selon la psychologie généralement acceptée sur les effets du divorce, cela n’aurait pas dû être un problème majeur pour une femme sans inquiétudes de 34 ans qui a un mariage heureux. Mais elle fait la remarque suivante : « Contrairement aux idées reçues, le divorce n’est pas plus facile ou moins douloureux pour un enfant adulte […] La perte de cette unité familiale originelle et l’espoir qui y était lié sont souvent irremplaçables aux yeux d’un enfant […] Je n’arriverai jamais à combler le vide qui a été créé. C’est comme si je pleurais la perte d’une personne que j’aimais et qui désormais me manque terriblement » (Newsweek, 4 septembre 2000).

Un avertissement et une promesse

Dans le livre de Malachie, Dieu exprime sa haine pour le divorce. Le message de Malachie n’était pas seulement historique, il était aussi prophétique. Son message se termine par un avertissement et une promesse pleine d’espoir. Puisque le peuple d’Israël n’a pas tenu compte de l’avertissement qu’ils devaient changer leur façon de vivre, leur société s’est effondrée.

Le même avertissement est toujours valable pour nous aujourd’hui. La fracture et la déstabilisation de notre société se poursuivra tant que la « culture fondée sur le divorce » exercera ses droits. Le divorce est en train de changer la nature essentielle du mariage, et à moins que cette tendance soit inversée et que nos cœurs se tournent vers autrui et vers nos enfants, ce « nouveau genre de société » est en danger, tout comme l’était l’ancien Israël.

Ce que nous devons faire, c’est renverser la tendance famille par famille. Le divorce doit devenir de plus en plus rare. Le divorce, c’est un choix entre deux personnes, tout comme le mariage est un choix. Mais le mariage est un choix fondé sur l’amour et l’engagement mutuel. Le divorce est un choix qu’un ou deux partenaires font sans plus aucune volonté de respecter les promesses faites et les engagements pris.

Dans le livre de Malachie, Dieu promet d’envoyer — avant que la société ne se désagrège — quelqu’un « avec l’esprit et la puissance » d’Élie afin de « [ramener] le cœur des pères à leurs enfants » (Malachie 4 : 5-6). Il promet aussi qu’en établissant finalement le royaume de Dieu, le caractère sacré du mariage sera à nouveau élevé afin que cette composante essentielle de la société soit restaurée.