Une preuve concrète ?

La crédibilité du récit biblique de l’inscription sur le mur prédisant la chute imminente de l’ancien empire babylonien il y a 2500 ans, a été longuement débattue. Aujourd’hui, un genre complètement différent d’inscription soulève une controverse. Va-t-elle fournir une preuve irréfutable soutenant l’exactitude du récit biblique ?

Le débat concernant l’authenticité historique des évènements relatés dans la Bible a reçu un nouvel élan au cours de l’année 2005, et ce grâce à une découverte archéologique faite en Israël et qui remet en cause la compréhension moderne de la Bible hébraïque.

Des archéologues effectuaient des fouilles à Tel Zayit, le site d’une ancienne ville située autrefois dans le sud du royaume de Juda, proche du territoire philistin. Ils y ont trouvé par hasard un abécédaire, une pierre sur laquelle étaient gravées les lettres d’un alphabet – dans ce cas, l’alphabet hébreu ancien ou phénicien. La pierre de 17 kilos faisait partie d’un mur de bâtiment, datant au moins de 3000 ans, et qui avait déjà été fouillé. À la fin de la saison des fouilles, alors que les ouvriers nettoyaient une dernière fois le site pour une séance photos, un étudiant bénévole découvrit l’inscription.

Qu’est-ce qu’un abécédaire ?

Même si ce n’est pas un terme que la plupart d’entre nous reconnaissons et utilisons, un « abécédaire » est néanmoins quelque chose avec lequel nous nous identifierions rapidement. Entrez dans une crèche ou une garderie et vous trouverez sûrement au moins un abécédaire sous forme de livre ou de poster.

Le dictionnaire Oxford English Dictionary nous informe que le terme, tiré des quatre premières lettres de l’alphabet, est premièrement apparu au 15ème siècle (pour la langue anglaise) et qu’il vient du latin abecedarium. Il était utilisé pour décrire un livre d’apprentissage de l’alphabet destiné aux enfants. Évidemment, à cette époque, seules les familles aisées pouvaient offrir à leurs enfants des livres et une éducation.

Au 16ème siècle, le mot a été utilisé pour les listes alphabétiques avant de disparaître au 19ème siècle. De nos jours, le terme a connu une résurrection pour s’appliquer à toute découverte archéologique ayant rapport aux alphabets.

L’importance d’une telle découverte est bien plus grande que l’artefact lui-même parce qu’elle témoigne bien de l’environnement dans lequel l’objet fut créé. Une chose aussi simple qu’une pierre gravée suggère l’existence d’un grand savoir-faire et d’une société assez complexe. Tout comme un enfant apprend à lire sur un certain laps de temps, nécessitant non seulement l’aide des professeurs mais également une pratique pour développer les habilités motrices, l’ancien scribe devait aussi apprendre son métier. Selon Kyle McCarter, épigraphiste à l’Université John Hopkins, l’inscription sur la pierre fut exécutée par un scribe accompli, témoignant d’une société cultivée. Sur la base de l’environnement dans lequel il a été trouvé, l’artefact a été daté du 10ème siècle av. J.-C, époque où le royaume d’Israël était uni sous David puis Salomon.

L’étoffe des légendes ?

Depuis les années 80, un scepticisme de plus en plus important a atteint les récits bibliques concernant David et Salomon. Pour les historiens minimalistes, qui forment ce que l’on appelle l’École de Copenhague, David et Salomon n’étaient que des personnages de mythologie. Selon ces mêmes historiens, Jérusalem était à l’époque au mieux un village, donc ni l’unité politique ni la grandeur légendaire de l’empire de Salomon n’ont pu exister. De plus, ils pensent que l’absence de toute découverte archéologique de document écrit datant de cette période indique que l’analphabétisme était endémique et qu’il n’y avait que des tribus menées par des chefs. Selon cette ligne de pensée, la Bible était le produit de l’ère perse, quelque quatre ou cinq siècles plus tard, et elle avait uniquement pour but de justifier l’importante présence juive dans la région.

De telles vues sont à présent remises en question par la découverte d’une pierre gravée de caractères paléo-hébraïques, ou d’hébreu ancien. La pierre de Tel Zayit comporte l’alphabet hébreu complet de 22 caractères, répartis en deux lignes sculptées. De plus, il y a au moins une inscription supplémentaire (qui est encore en train d’être déchiffrée) de l’autre côté de la pierre. L’inscription indique qu’une certaine forme de tradition littéraire existait au 10ème siècle. Peu de preuves physiques d’une quelconque tradition écrite de cette période ont été trouvées, puisque les documents écrits alors sur des papyrus n’ont pas pu se conserver aussi longtemps, même dans des conditions naturelles idéales. D’où l’enthousiasme régnant autour de cette découverte.

La pierre de Tel Zayit rejoint deux autres inscriptions – celle trouvée sur un sarcophage royal à Byblos et le calendrier de Gezer – comme étant les seules preuves archéologiques de l’écriture de cette période dans l’histoire des Israélites et des Phéniciens. Gezer était une ville importante située au nord de Tel Zayit, alors que Byblos, encore plus au nord, était un village côtier phénicien. Le calendrier de Gezer rapporte tout simplement les détails du calendrier sur un morceau de poterie cassé. Les tessons de poterie étaient utilisés à l’époque comme des blocs-notes et, au grand bonheur des archéologues, peuvent se conserver indéfiniment.

Des pierres qui parlent

D’autres découvertes, comme l’ossuaire de Jacques et la tablette avec l’inscription de Joas ont récemment fait une sensation similaire dans le monde archéologique. Ce qui différencie cette découverte est que l’objet a été trouvé sur un site de fouilles parfaitement dirigé et supervisé. Il a donc une provenance – une origine ou source connue qui permet à l’objet d’être étudié et daté avec les matériaux environnants. Les restes de poterie se trouvant à proximité de la pierre ont été datés avec assurance du 10ème siècle. À cause de sa position dans le mur, la pierre portant l’alphabet n’a pu être gravée in situ mais a dû être gravée avant d’être utilisée dans le mur, c’est-à-dire avant la construction du mur. Par rapport à l’autre objet écrit de cette période (à savoir le calendrier de Gezer), il semblerait que l’écriture soit encore plus archaïque, précédant peut-être à la fois les inscriptions de Byblos et Gezer, étant ainsi l’inscription hébraïque la plus ancienne.

Cependant, un abécédaire tel que celui-ci met à défi les archéologues. Contrairement à un mot ou une phrase écrite qui peuvent être traduits et donner une signification ou une compréhension de l’époque ou de l’occasion, un abécédaire est muet, ne montrant que l’habileté du scribe. Pour arriver à comprendre le contexte et l’objet de la pierre, le professeur Ron Tappy du Pittsburgh Theological Seminary (qui a conduit les fouilles) et son équipe auront besoin de beaucoup de temps.

La pierre elle-même présente un intérêt supplémentaire par le fait qu’elle n’était pas seulement utilisée en tant que support d’entraînement pour un scribe. Il semblerait qu’à l’origine, elle ait été sculptée en forme de mortier dans lequel des herbes ou de l’encens étaient broyés. Après avoir été utilisée par le scribe, elle fut placée dans le mur d’une maison de manière à ce que l’inscription soit vue par les passants.

Vues maximales et minimales

Tel Zayit, qui correspond peut-être à Libna dans la Bible (Josué 21 : 13), n’est pas un site ou les archéologues et philologues s’attendaient à trouver des objets écrits. Les traditions et les pratiques des scribes sont plutôt attendues dans des centres plus grands et plus importants. La découverte faite dans une ville considérée comme peu importante fournit des munitions à ceux qui considèrent que l’époque de David et Salomon était d’une grandeur relativement considérable. Le professeur Tappy se demande si la ville était en fait plus grande et plus importante que ce que l’on pense en général. Pour le professeur Lawrence E. Stager, professeur Dorot d’archéologie d’Israël et directeur du musée sémitique à l’université d’Harvard, la pierre de Tel Zayit est un nouveau coup dur pour l’argumentation minimaliste.

« C’est peut-être la découverte la plus importante de la décennie en Terre Sainte. »

Lawrence E. Stager, Professeur Dorot d’archéologie d’Israël, université d’Harvard

Pendant ce temps, les minimalistes sont mis au défi sur un autre front. À Jérusalem, l’archéologue Eilat Mazar a découvert un bâtiment important lié à la cité de David, au sud du mont du Temple. Elle affirme que le bâtiment peut également être daté du 10ème siècle et qu’il a été ensuite habité pendant plusieurs siècles. Parmi ces découvertes figure un certain nombre de bulles, des sceaux anciens que l’on apposait à des documents. Ces bulles fournissent des noms d’officiels rapportés par le prophète Jérémie, des personnes faisant partie de la cour royale avant que les Babyloniens ne détruisent Jérusalem en 586 avant J.-C.

Si les affirmations de Mazar sont confirmées par l’examen minutieux de ses collègues, cette découverte fournit un soutien supplémentaire à ceux qui restent attachés à la perspective biblique de l’histoire. Jusqu’à présent, les minimalistes ont non seulement fait ressortir le manque de documents écrits mais également le manque de bâtiments importants à Jérusalem liés à cette période. Ils s’empressent encore à souligner le manque de monuments dédiés à un monarque ou un dieu.

La Bible en tant qu’histoire

Alors que les partisans des deux côtés de la discussion font face à des questions restées sans réponses, la plus grande difficulté leur est commune. Qu’ils cherchent à établir l’histoire à partir de la Bible, ou à s’y opposer avec l’idée minimaliste selon laquelle la Bible et l’archéologie sont en désaccord, aucun parti ne semble comprendre que la Bible ne prétend pas être un livre historique dans le sens moderne du terme. Les évènements relatés dans la Bible n’ont pas pour but ultime de prouver ou réfuter l’existence d’un dieu ou d’une puissance suprême à partir d’évènements historiques prouvables. La Bible est différente de tout autre récit de l’Antiquité : elle n’a pas son pareil.

Elle n’est pas non plus un outil de propagande fabriqué pour justifier un peuple ou les actions d’un roi quelconque. C’est le récit d’un peuple qui a conclu une alliance avec son Dieu, et de la nature de cette alliance. Il montre les échecs et les défauts non seulement des leaders mais également du peuple dans son ensemble. Leurs succès ne sont normalement pas les leurs, mais plutôt le résultat de l’intervention ou de l’aide divine. Aucune autre nation ne possède un document qui critique autant son peuple. Donc la Bible ne peut être comparée aux annales des rois d’Assyrie et de Babylone ou aux récits hiéroglyphiques détaillant les exploits des pharaons égyptiens. Elle est inégalée dans l’Antiquité ou dans le monde moderne.

Étudier la Bible uniquement sur la base de sa valeur historique consiste à laisser passer l’essentiel du livre. Ce dernier est un récit détaillant comment les gens doivent vivre par rapport à leur Dieu et leur prochain. Les conséquences de ce mode de vie sont rarement prises en considération, pourtant les nombreux bénéfices qu’il y a à vivre selon les principes bibliques fournissent la preuve concrète fondamentale de l’existence d’une force supérieure et de la valeur de sa parole.